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2017-06 / NUMÉRO 132   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Témoignage
Le seigneur de la force tranquille


Par Nada Nassar-Chaoul
2017 - 05
Sur la terrasse de l’hôtel Belmont à Ehden, en ce week-end traditionnel du mois d’août, sa table se trouvait tout au fond. Pour autant, il y avait toujours autour de lui un cercle de personnes attentives à ses paroles rares, presque chuchotées, à ses gestes mesurés et à son sourire énigmatique.

Par son calme qui était ‒ on le sentait bien ‒ maîtrise de soi, il en imposait, sans gesticulation inutile ni effets de manche, et on avait étrangement besoin de lui plaire. Tacitement, on quêtait son approbation pour la moindre historiette qu’on racontait, espérant secrètement qu’elle l’avait amusé. À vrai dire, on ne savait pas trop. Car c’était aussi un maître de la retenue, cultivant avec habileté et une certaine forme d’élégance sa dualité d’homme du Nord et de fin lettré, de libéral de gauche et de seigneur traditionnel, d’arabisant et de francophone, de politicien de terrain et d’analyste politique raffiné.

Et puis, il y avait ce stoïcisme. Cette maladie sournoise, hypocrite comme on le dit si bien en arabe, qu’il n’évoquait jamais, qu’il avait choisi d’ignorer superbement. Il en était juste un peu plus frêle, un peu plus voûté, un peu plus pâle, comme transparent.

Et il y avait aussi Anne, attentive à lui, à son moindre souffle, toujours sur le qui-vive, comme aux aguets. Si puissamment présente, malgré son silence. Ces deux là, on en était sûrs, pouvaient se comprendre sans se parler.

Sur la terrasse du Belmont cette année, on n’entendra plus fuser, au beau milieu d’une analyse politique dans le français le plus châtié, une interjection goguenarde dans le rude mais délicieux accent du Nord.

Adieu ya Beyk, adieu Samir, les veillées de Ehden ne seront plus les mêmes sans toi.


 
 
Jabbour Douaihy, Samir Frangié, Rachid el-Daif et
 
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