FEUILLETER UN AUTRE NUMÉRO
Mois
Année

2020-01 / NUMÉRO 163   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
CHERCHER SUR LE SITE
 
ILS / ELLES
 
LIVRES
 
IMAGES
 
Au fil des jours...
 
Poème d’ici

Poète et grande figure de la scène culturelle libanaise, Samia Toutounji publie son recueil Multiples Présences en 1968. Au début des années 60, elle collabore à la Gallery One avec Youssef et Helen el-Khal. De 1972 à 1974, elle donne à Dar el-Fan wal Adab qu'elle préside une nouvelle impulsion, multipliant expositions, concerts, pièces de théâtre et conférences. Annonciatrice des lieux d'art polyvalents en vogue aujourd'hui, sa galerie Platform lance et défend de nombreux artistes, poursuivant ainsi sa longue action en faveur de l'art au Liban. Elle meurt tuée dans le bombardement de l’ambassade d’Espagne avec son père, l'écrivain et diplomate Toufic Youssef Aouad, et son beau-frère, l’ambassadeur Pedro de Aristegui. Ce poème fait partie d'une série d'inédits écrits au Japon en 1970/1971.

Par Samia Toutounji
2016 - 09
Nous ne dormirons jamais déployés d’amour
comme bêtes d’eau cerclées et soumises
là où l’océan vomit ses cuivres de nostalgie
et le courant ignoré ses vagues d’acier

Nous ne parlerons jamais les vents partent reverdis
une branche muette le tronc pulvérisé
là où tu te défais hanté d’impuissances
entre les treillis des rizières et le temple prostré d’oubli
la haie des heures resserre nos chemins
et tu bois à l’étang des sources de déchirures
tu bois l’épaisse limite

Nous ne dormirons jamais sereins et comblés
une effroyable absence s’accomplit dans les veillées

Ô la berge finale sans éclat ni obstacle
l’effort éperdu et le simple décapité
aujourd’hui les orangers embaument nos couches
l’injustifié épouse la savoureuse absence
l’habit de givre à peine desserré
et quoique tu dises l’émerveillé un jour se réveillera
un œil clair l’autre immérité
dénudant un bonheur ou la douloureuse exactitude

Le temps moule son plâtre aux contours de nos hanches
Une seule fêlure m’accorde de mourir.
1971
© Zeina et Yumna Toutounji
 
 
D.R.
 
2020-01 / NUMÉRO 163