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2017-06 / NUMÉRO 132   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Poème d’ici



Par Muniam Alfaker
2016 - 10

Né à Bagdad en 1953, Muniam Alfaker est un dramaturge, romancier et poète irakien qui vit et travaille au Danemark depuis trente ans. Il quitte l’Irak en 1979 du fait de la dictature et se réfugie au Maroc, puis à Beyrouth où il rédige ses premiers poèmes et travaille comme journaliste. En 1982, suite à l’invasion israélienne, il doit à nouveau partir et s’installe en Syrie. Il y poursuit sa pratique du journalisme et y publie ses deux premiers recueils. En 1986, il arrive à Copenhague en tant que réfugié politique. Le Danemark devient alors son port d’attache après de nombreux exils. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages (recueils de poésie, romans, anthologies, pièces de théâtre), il est traduit dans plusieurs langues dont le danois, le français et le norvégien, et a obtenu plusieurs prix littéraires danois.

 

Salima

Dans le froid

Elle vient avec le feu 

Dans la chaleur

Elle vient avec la neige

Dans la tristesse

Elle vient seule

Et dans la joie

Elle vient avec le monde.

 

La porte

Qui est celui 

Debout devant ma porte 

Et qui questionne ?

 

Je suis le fabricant des portes

Et de leurs verrous.

 

Je suis sans porte pour quelqu’un y frapper.

Nul chemin ne mène à moi.

 

Je suis l’absent.

Qui les a guidés jusqu’à moi ?

 

Famille

Au matin

La tasse de café entre le fromage et les olives

La table se déploie sous leurs mains.

 

Lorsque le père se prépare à partir

L’enfant demande du chocolat

La mère un bisou

Et le père dit à ce soir.

 

Au soir

L’enfant est sur le balcon

La mère dans la cuisine

Et le père à la morgue. 

 

La maison

La maison ne sort pas se promener au jardin

Elle ne va pas au cinéma

Mais elle se couche de tout son poids sur mon corps

Et casse quelque chose en mon âme.

 

(…)

Vous ne ferez pas de ma bouche une prison 

Où vivrait à perpétuité

Ma langue.

 

La mort de nuit

Je projette mon corps

Comme qui tomberait de haut

Et le lit se fend

Pour que je perde la vie.

 

Tranquillité

Tranquillement

Le vent soulève les rideaux

Et la lumière se faufile…

Tranquillement

Tranquillement

La tranquillité :

La conversation des choses.

 

(…)

Tout leur vacarme 

Ne fera pas de toi un mot audible 

Je t’ai aimée en silence.

 

Traduits de l’arabe par Ritta Baddoura 

 
 
D.R.
 
2017-06 / NUMÉRO 132