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2019-03 / NUMÉRO 153   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Poème d’ici
Le parfum du néon
Né en 1957 à Dekwaneh dans la banlieue de Beyrouth, Abdo Wazen est journaliste depuis 1979. Il dirigeait les pages culturelles du quotidien arabe de Londres, al-Hayat. Connu surtout comme poète, il a traduit Baudelaire, Char et Prévert, du français vers l’arabe. Wazen a publié une dizaine de recueils tels que Nar al-ʻawda (Le feu du retour), Abwab el-nawm (Les portes du sommeil), Hayat Muʻattala (Une vie en panne) et des récits à la veine poétique qui lui confèrent une place de choix parmi les écrivains libanais et arabes de sa génération.

Par Abdo Wazen
2019 - 03

 

 Le parfum du néon

 

Sous la lumière du néon dans la pièce close, tu ne peux dissimuler même pas un frisson parcourant en secret ton âme. La lumière immaculée, plus radieuse que la mort, tombe comme sel d’un ciel blanc et dénonce tout ce que recèlent les recoins de l’invisible.

Pas d’ombre ici pour un visage, ni pour une main si elle se lève, ni pour un œil s’il est refermé. 

Une lumière étincelante comme acier qui efface ce qui jaillit de sensations, efface le clignement d’un regard et le sommeil des deux pupilles. Aucun nuage ne frémit ici, qu’il s’élève du plus sombre de l’insomnie. Et si un oiseau surgit d’une fosse, le voilà vite qui chute sans ailes.

Sous la lumière du néon, pas de recoin pour l’obscurité d’un cœur, pas d’espace pour une aurore. (…) Le jour est jour ici et la nuit est jour. L’après-midi se répand comme du lait dans la coupe du coucher. Même l’aube a un parfum de soleil couchant d’un blanc éblouissant.

Sous la lumière du néon, dans la pièce emplie de son vide, tu ne vois ni colombe ni hirondelle cachant un printemps dans ses prunelles. La neige est familière et pourrait brûler les doigts. Le soleil ne s’incline pas ici et son rougeoiement jamais ne coule. Même la lune se cache à hauteur de mur. Il se peut que passent un jour, deux jours, un mois, une année, un siècle, …et il se peut que l’horloge murale suspende ses battements. Même tes yeux, il se peut que tombe sur leurs paupières un coton plus délicat qu’écume.

 

Traduits de l’arabe (Liban) par Ritta Baddoura

 
 
D.R.
 
2019-03 / NUMÉRO 153