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2017-11 / NUMÉRO 137   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Les archives de L’Orient Littéraire
Dans L’Orient Littéraire du 18 mai 1963, une interview du grand écrivain égyptien Taha Hussein (1889 - 1973) par le critique Jamil Jabre.

2007 - 11
Peut-on faire une nette distinction entre les littératures des divers pays arabes ? Autrement dit, y a-t-il vraiment une littérature libanaise ou égyptienne distincte de l’irakienne par exemple ?

Les différences sont en fonction du milieu. Et il est plutôt utile de distinguer entre ces diverses littératures. Mais la littérature arabe constitue un tout fondamental que les divergences ne font que consolider. Il y a certainement une différence de degré, mais non de nature à relever. Ceux qui prétendent le contraire ne semblent pas être de bonne foi.

Quel serait d’après vous le concept de la révolution en littérature ?

La révolution en littérature est une réaction contre tout un mode de vie. L’écrivain authentique refuse le conformisme et prépare une ambiance nouvelle conçue à l’image de ses propres idées. Toute révolution, politique ou sociale, procède nécessairement d’une révolution littéraire.

Vous considérez-vous comme un révolutionnaire ?

Je suis à la fois révolutionnaire et socialiste. Ma vie n’a pas de sens sans révolte. Je milite pour la réalisation du socialisme. Cependant, je ne crois pas en tant qu’écrivain à la discrimination entre les diverses classes sociales. La vraie littérature est un miroir qui reflète les sentiments d’une nation ; elle est aussi un moyen d’orientation des plus efficaces.

S’agit-il en l’occurrence d’un cas particulier ?

Non. La classe moyenne a imposé jusqu’ici un certain mode de pensée à la société arabe. Mais l’on assiste déjà à une forte poussée de littérature prolétarienne accordée au rythme du progrès socialiste dans le monde arabe. Rien n’empêche que la littérature exprime les soucis d’une classe donnée. Mais encore faut-il qu’elle en transcende les limites pour rejoindre l’homme tout court. Négib Mahfouz, par exemple, qui est à mon sens le meilleur représentant de la classe moyenne, a su dépasser les confins de sa classe pour accéder à l’universel.

La pensée arabe traverse t-elle vraiment une période de stagnation ?

Oui, cela vient du fait que les écrivains ne développent guère leur culture et se contentent souvent du mince apport du cinéma et de la télévision.

Conservez-vous toujours les mêmes idées sur le plan littéraire ?

L’évolution est une loi tout à fait naturelle. Il m’est arrivé de changer d’idée sur plus d’un problème. Par exemple, j’étais un adepte très fervent de la poésie traditionnelle. Maintenant, je penche plutôt pour la rénovation en poésie comme en prose.

Abbas el-Akkad n’est pas de votre avis…

Mon ami Akkad pèche par excès de conservatisme. L’écrivain se doit d’évoluer avec son époque s’il tient vraiment à être un témoin authentique.
 
 
 
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