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2017-04 / NUMÉRO 130   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Autrefois
Un Voltaire libanais : Maroun Abboud
Dans L’Orient Littéraire du 8 juin 1963, Jamil Jabre faisait le portrait du grand écrivain libanais Maroun Abboud (1886 - 1962).

2007 - 10
Né à Aïn-Kefah (région de Jbeil – Byblos) le 9 février 1886, Maroun Abboud avait fait ses études à l’école du village, « sous le chêne », et les avait poursuivies au collège de La Sagesse, où il se fit remarquer par une intelligence aussi vive que curieuse de toutes les choses de l’esprit. À 20 ans, il se lançait dans la carrière journalistique. Bientôt au journal al-Raouda, il passait au Nassir, puis fondait son propre journal al-Hikmat qu’il dirigea jusqu’au déclenchement de la Première Guerre mondiale. Après la guerre, nous retrouvons Maroun Abboud comme professeur titulaire de littérature arabe au Collège national de Aley. Il y enseigna pendant 35 années consécutives.

Une application et une patience remarquables au travail, doublées d’une grande facilité d’adaptation et d’une sensibilité prompte à s’exalter, lui permirent de produire une masse prodigieuse d’écrits dans tous les genres (56 ouvrages). Parmi ses œuvres les plus caractéristiques, signalons notamment deux recueils de poésie classique : Az-zaouabeh et Dimaqs wa Ourjouan, trois romans : Le prince rouge, Farès Agha et les Veaux gras, quatre choix de nouvelles : Contes et Visages, Les gigantesques, La Guitariste, Le Muet éloquent, et une vingtaine d’essais de critique sociale et littéraire, sans compter de nombreux ouvrages traduits du français.

Homme de bon sens et esprit amer, toute singularité le mettait immédiatement en défiance ; il dénonça « l’étrangeté » avec autant de vigueur que de sarcasme. Son esprit mordant, railleur, volontiers cynique, lui valut à juste titre le surnom de « Voltaire arabe ». Il avait cependant d’autres traits communs avec le « Patriarche de Ferney », notamment sa propension marquée à la tolérance religieuse (son propre fils s’appelle Mohammad) ainsi qu’une imagination féconde qui lui faisait trouver toujours de spirituelles comparaisons et donnait à sa pensée une forme concrète qui la faisait saisir et retenir aisément. Son style à la fois frais, léger, pittoresque et réaliste coule de source et prend spontanément tous les tons. Abboud ne se souciait jamais des ornementations superflues. Son suprême désir était de s’exprimer clairement dans une langue fluente, au riche vocabulaire, évocatrice et bourrée d’ironie.

De plus, M. Abboud ne se proposait jamais d’étudier d’une manière méthodique et exhaustive les questions qu’il lui plaisait de traiter. Il abordait tous les thèmes sans en épuiser aucun. Cependant, son thème de prédilection demeure, après tout, le village libanais avec son pittoresque et son train habituel : du curé au moukhtar, en passant par toute la galerie des paysans, des boulangères au « tannour », des fileuses et des natours.

Tout le désordre d’un homme d’esprit plein de curiosité et fort érudit se retrouve dans l’œuvre immense de Maroun Abboud qui, par méfiance peut-être à l’égard de la discipline méthodique, aura érigé en système le bavardage à bâtons rompus. Il n’en reste pas moins cependant que Maroun Abboud est une grande figure de notre renaissance littéraire, car, avec Amin Rihani et Gibran, il fut le premier, au début de ce siècle, à dégager le style arabe de l’emphase qui l’encombrait.
 
 
 
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