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Les archives de L’Orient Littéraire
Dans L’Orient Littéraire du 26 janvier 1963 un article de l’écrivain et critique Jamil Jabre consacré au livre d’une figure de proue de la littérature libanaise Mikhaïl Nouaymé (1890-1988), intitulé Le Dernier jour.

Par Jamil Jabre
2007 - 02
L’écrivain libanais Mikhaïl Nouaymé, auteur d’une quarantaine d’ouvrages, vient de publier aux éditions Sader, à Beyrouth, un nouveau livre intitulé Le Dernier jour.

Le Dernier jour est moins un roman qu’un recueil de méditations. Nouaymé y développe ses conceptions de la vie, de l’homme et du monde « Lève-toi et fais tes adieux à ton dernier jour. » C’est sur cet appel émouvant que se réveille à minuit, comme d’un obsédant cauchemar, le héros de Nouaymé, Moussa al-Askari. Il se rend plus que jamais compte de l’absurdité de l’existence terrestre: « Vanité des vanités… tout est vanité » et se dépêche, avant même de recouvrer ses esprits, de recommander son âme à Dieu. Dans la fièvre provoquée par cette annonce divine se déroule en vingt-quatre heures toute l’action du Dernier jour. Le héros songe tantôt à son passé, effectuant un ultime examen de conscience, et tantôt à son avenir à l’horizon duquel se détache, comme une flèche, un grand point d’interrogation. Ce thème romanesque sert de prétexte à Nouaymé pour revenir encore une fois sur sa conception panthéiste de l’homme et de la migration des âmes.

L’unité essentielle du principe divin de l’homme avec la substance de l’univers constitue une polarité complémentaire dans le système philosophique de Nouaymé. Elle provoque dans tous les êtres un désir intense de communion. Mais les passions, les ambitions, les intérêts combattent en lui ce désir au point de l’étouffer. Il en résulte une aliénation manifeste de la vocation réelle de l’homme. Pour redresser « l’ange déchu », Nouaymé prône le mysticisme et engage l’homme à cultiver son sens du divin. Le phénomène mystique, selon lui, appartient à la spontanéité des réactions, à une aptitude particulière au désintéressement. L’angoisse de l’homme moderne, selon Nouaymé, procède de sa confiance aveugle dans le pouvoir de la science et de la technique. Or, c’est en se connaissant soi-même, à la manière de Socrate, que l’homme retrouve sa quiétude. La raison inquiète, mais le coeur apaise. Et c’est un retour au cœur, à la spontanéité instinctive, que propose Nouaymé aux âmes assoiffées d’absolu. Seul l’absolu est capable de répondre aux besoins absolus. C’est donc en vain que l’homme cherche son salut dans les réalisations de l’esprit.

Avec Le Dernier jour, Nouaymé s’attache à esquisser une réponse aux problèmes de notre génération, soucieuse de certitudes immédiates.

 
 
D.R.
 
2020-01 / NUMÉRO 163