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2020-01 / NUMÉRO 163   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Les archives de L’Orient Littéraire
Dans L’Orient Littéraire du samedi 5 mai 1962 paraissait un article du grand poète irakien Badr Chaker es-Sayyab (1926-1964) à propos de « L’écrivain arabe et le besoin d’engagement ». Ci-dessous un extrait sur l’influence du communisme sur les intellectuels arabes.

2006 - 11
Les communistes, ne se contentèrent pas d’appliquer les critères marxistes à la poésie arabe contemporaine, mais ils appliquèrent également à la poésie et à la littérature arabes anciennes les critères du réalisme marxiste et de la littérature de combat.

Un jour où nous assistions à une réunion communiste littéraire, un écrivain communiste s’éleva contre Shakespeare en le qualifiant de « poète de la réaction et de la féodalité » et en affirmant qu’il était le porte-parole, non des ouvriers et des paysans, mais des rois, des princes et dirigeants. Lui objectant que Shakespeare mourut bien avant la naissance de Karl Marx, il me répondit qu’il y eut de nombreux poètes et écrivains « progressistes » avant Marx. Pouvons-nous réellement critiquer l’attitude de ce communiste irakien, alors que le Daily Worker, organe du Parti communiste britannique, avait adopté la même attitude à l’égard de Shakespeare, reprochant à ce dernier de ne pas exprimer les intérêts et les aspirations du prolétariat ?

Au moment où les communistes mirent en avant le slogan de la paix mondiale, les écrivains et les écrivaillons fouillèrent dans la littérature arabe ancienne pour rechercher les poèmes dénonçant les guerres et prêchant en faveur de la paix. C’est ainsi qu’un écrivain communiste irakien, considéré par les communistes comme un grand écrivain, écrivit un article sur al-Moutanabi et son poème sur son cheval.

Il en déduisit qu’al-Moutanabi était un fauteur de guerre, alors que son cheval était un partisan de la paix. Bien qu’étant encore communiste à cette époque-là, je déclarai à propos de cet article que le cheval de Moutanabi avait signé l’appel de Stockholm avec son sabot.

Devant cette violente campagne communiste, les poètes arabes les plus résistants ne purent s’empêcher d’écrire des poèmes de combat comme le faisaient les communistes. La seule différence entre les poètes communistes et la majorité des poètes engagés non communistes résidait dans l’emploi de certains mots. Alors que le poète communiste utilisait les mots « paix », « travailleurs » et « drapeau rouge », le poète non communiste parlait de « l’arabisme », du « jihad » (guerre sainte) et des « moujahidin » (combattants).

Ce n’est que lorsque Jean-Paul Sartre a employé le mot engagement que celui-ci fut utilisé dans la critique littéraire arabe avec sa signification actuelle. Le mouvement créé par Sartre donna aux non communistes un argument selon lequel la littérature réaliste et la littérature engagée n’étaient pas l’apanage exclusif des seuls communistes.
 
 
D.R.
 
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