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2020-02 / NUMÉRO 164   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Les archives de L’Orient Littéraire
Dans L’Orient Littéraire du 7 avril 1962, André Bercoff interroge le grand poète libanais Youssef Ghossoub à propos de la querelle entre « classiques » et « modernes » qui, à l’époque, faisait rage. Extraits...

2006 - 09
Que pensez-vous des écrivains modernes, « les touisteurs » comme les a surnommés Toufic Youssef Awad?

Il y a quelques décades, nous écrivions selon des critères établis en fonction de normes élaborées patiemment et laborieusement qui nous semblaient être éternelles: l’armature classique nous guidait et nous disciplinait. Aujourd’hui, plus de critères, bouleversées les normes, de vastes cités littéraires entièrement brûlées par le napalm de la jeune génération... Il y a néanmoins parmi les modernes quelques très bons éléments. Ils ont enrichi le patrimoine culturel arabe en élargissant l’horizon de la pensée, en supprimant l’éloquence creuse et les inutiles fioritures. Ceux que je critique sont ces moutons qui adhèrent au modernisme sans rien y comprendre, qui se libèrent des soi-disant chaînes et de toute discipline par facilité - par incapacité à faire autre chose - , qui n’ont rien à dire et le savent: alors, enrobant leur néant d’absconse obscurité, ils camouflent leur consternante banalité d’un hermétisme qu’ils veulent élevé.

Et que pensez-vous des poètes dits « classiques », des hérauts de la tradition ?

Bah... La discipline a du bon, et la soumission au rythme n’a jamais fait de mal à personne. Maintenant, il faut ajouter qu’ils n’ont jamais abandonné leurs thèmes favoris d’il y a mille et quelques centaines d’années. L’amour, la mort, la satire, la louange, battez, recommencez : cela devenait quelque peu étriqué, et je conçois que les jeunes aient voulu en finir. Mais je maintiens que la langue arabe, langue poétique par excellence, n’a pas besoin d’être complètement charcutée pour produire des œuvres véritablement modernes ; l’idéal serait de conserver la fidélité linguistique, rythmique et métrique au service de nouvelles images, de nouveaux chemins.
Aussi ai-je une admiration sans mélange à Salah Labaki et Elias Abou-Chabké : vrais poètes, ils vivaient leurs écrits et restaient eux-mêmes, purs : c’est l’idéal. Innover, c’est se révolter, changer l’état de choses existant ; le changement, la révolte, c’est bien. Ils sont les nœuds que l’humanité se fait à son mouchoir pour se rappeler d’être meilleure. Mais le bouleversement doit être fait dans le bon sens, et non mener à une fâcheuse régression : certains devraient être mis en garde contre le fait abusif de la destruction : il ne s’agit pas de brûler une serviette pour qu’il en sorte un torchon !
 
 
D.R.
 
2020-02 / NUMÉRO 164