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2017-09 / NUMÉRO 135   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Ode à Paris, ville-monde


Par Antoine Boulad
2017 - 06


Le projet de cet ouvrage généreux et pertinent tombe à point nommé. Au moment où soufflent sur le monde des vents mauvais et putrides qui prônent la xénophobie, le repliement sur soi ; au moment où des dirigeants, souffleurs sur les tisons de la haine, élèvent des murs et ferment des frontières humaines, publier Paris, lumières étrangères pose un acte militant intelligent ; un geste à cœur ouvert, salubre et salutaire.

Vingt écrivain(e)s originaires de vingt pays différents – du Sénégal à l'Île Maurice en passant par le Liban ; de Cuba à l’Estonie en passant par la Turquie ; de l’Algérie à l’Inde et au Japon en passant par l’Iran… – 7 hommes et 13 femmes, tous résidant dans la ville lumière, racontent cette ville monde. Et c’est fascinant de leur emboîter le pas, de les suivre dans leurs pérégrinations à travers les larges avenues, les rues secrètes et les venelles poétiques ; et c’est magique de les écouter chanter les lieux privilégiés de leur Paris à eux ! Et cette multiplicité d’approches, de sensibilités et d’angles de vue sur une même cité est un véritable hymne à la diversité humaine. Ces vingt récits, fictifs ou réels, témoignages ou rêves éveillés, constituent ainsi un chant amoureux, un cinglant démenti aux fauteurs de troubles qui souhaitent nous verrouiller derrière des carcans étanches.

Pour Bernardo Toro, le Chilien, « Paris n’est pas une ville, mais une dimension de l’être ».

Ce qui enchante Edouardo Manet, le Cubain, « ce sont les rues étroites aux noms parfois surréalistes : Rue du chat-qui-pêche, rue Serpente… ». 

Katrina Kalda, l’Estonienne, a ce mot sublime : « À Paris, si on ne fait pas attention, on se met vite à marcher dans un livre. »

Pour la Russe, Luba Jurgenson, « Paris est un théâtre où l’on porte des masques différents à des moments différents, un carnaval permanent ». 

Sonia Ristic, l’ex-Yougoslave, est paradoxalement « éblouie » par une chambre de bonnes à Paris ! Son récit dresse en quelque sorte l’inventaire de toutes celles où elle aura vécu avant « d’apprivoiser » cette ville ; trois ans seront nécessaires « pour l’aimer vraiment » !

Si Arezki Metref qui est algérien avoue n’avoir jamais pu se « défausser d’un regard d’ex-colonisé qui voit dans la splendeur de Paris, la puissance qui a permis dans le passé d’asservir (s)on peuple », le Marocain Fouad Laroui qui évolue dans le triangle de Balzac, entre les Feuillantines, les Ursuline et le Jardin du Luxembourg, considère que Sartre au Flore et Barthes aux Deux Magots forment le « Centre du monde ».

Gauz, l’Ivoirien, constate avec sarcasme « qu’une course en taxi coûte, à Paris, un salaire abidjanais ».
Pour Sami Tchak qui est togolais, et pour Khadi Hane qui est sénégalais, Paris est un « grouillement de peaux ethniques », de « non-solubles ». Le premier investit alors le cimetière du Père Lachaise à partir de l’histoire duquel il « comprend le processus de construction de la nation », tandis que le second s’étonne de l’absence des « belles femmes aux yeux bleus et à la chevelure dorée » dont on lui avait dit que Paris foisonnait !

Chahla Chafiq, iranienne, note ce simple éloge : « Quand on vit dans une telle ville, les yeux s’habituent à la beauté », tandis que Nairi Nahapétian plante le décor de son récit dans la Rue Bleue, celle des Arméniens à Paris.

Ryoko Sekiguchi, née à Tokyo, et Georgia Makhlouf que les lecteurs de L’Orient littéraire connaissent bien, s’intéressent toutes deux au Paris culinaire ; la première auprès des « glaneurs du marché de Belleville », la seconde aux Délices d’Orient, ce « coin de Paris où les langues, les accents et les saveurs faisaient du bien ». 

Sedef Ecer est turque. Elle donne à lire une histoire des plus loufoques qui, par un échange épistolaire, met en scène une galeriste/artiste et un mécène, industriel et fabriquant d’armes, qui veut « s’offrir Paris ».

Citons également Saber Mansouri originaire de Tunisie, Shumona Sinha de l’Inde, Andrea Sajova de Tchécoslovaquie, Ananda Devi, de l'Île Maurice. 

Du foisonnement de ces vingt récits, on peut retenir ceci : Paris continue d’exercer son pouvoir mythique. Cette ville est un désir de Paris que le monde continue de dire en français.
 
 
 BIBLIOGRAPHIE
 
Paris, lumières étrangères, présenté par Élisabeth Lesne, Magellan & Cie, mars 2017, 222 p.
 

 
 
Le Bouquet de jonquilles de Robert Doisneau © (Pa
 
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