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2018-08 / NUMÉRO 146   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Roman
La vieillesse est une victoire


Par Mariam Sandid
2018 - 06


Betty est une jeune femme à la vie banale, dont le père a perdu une jambe pendant la guerre d’Algérie, dont la mère, coquette, flamboyante, est décédée trop tôt dans un accident de voiture. Elle fait des études de lettres, refait le monde, attablée à un café avec ses amis, prône la libération de la femme à la Brigitte Bardot, en dansant sur les tables, connaît ses premières expériences amoureuses au détour des rues de Lille. Puis elle se marie, donne naissance à un petit garçon, participe à un projet photographique en se faisant tirer le portrait une fois par an, dans la même position et avec les mêmes habits. Et puis un jour, elle se rend compte qu’elle ne vieillit pas et qu’elle gardera à jamais le visage de ses trente ans. D’abord satisfaite de son sort, elle se rendra vite compte des désillusions qu’engendre un tel don. 

Fortement ancré dans le réel, à travers la description fidèle des rues, des cafés et des places de Lille, le roman nous livre deux histoires liées. L’histoire de Betty d’abord, sa vie, de son enfance dont elle garde même les informations les plus précises telles que son tour de tête à la naissance, à sa libération finale. Mais c’est aussi l’Histoire de la France qui est racontée à travers celle de Betty. La guerre d’Algérie, Mai 68, la sordide affaire Patrick Henry sont autant de rappels du temps qui passe et qui ponctue nos vies de repères.

Ode aux moments passés et à ceux à venir, ode à l’histoire qui ride nos peaux, ode à la vie, ce livre n’aurait pu être aussi frappant de vérité sans la plume de Grégoire Delacourt qui manie les mots les plus simples pour en révéler la beauté. Et, de la même manière que le message du roman sous-entend que la simplicité d’une personne fait sa beauté, la simplicité des mots de l’auteur fabrique la poésie du texte. Les pages filent entre les doigts, les phrases se savourent, comme ces moments de vies apaisés, fragiles, en équilibre, qui semblent nous échapper trop vite et dont on aurait aimé mieux profiter.
En plus de rendre hommage au temps qui passe, Grégoire Delacourt critique les injonctions de la société sur nos idéaux de beauté. Les apparences, l’avis des autres ont trop d’emprise sur la vie de Betty, et sur la vie des femmes en général, pour qu’elles puissent les négliger. Le couple de Betty périclite à cause de leur différence d’âge qui se creuse, en apparence. Elle ne peut pas être présentée comme étant la mère de son fils, car elle a l’air d’avoir le même âge que lui. Se voir vieillir face à son amie éternellement jeune est une douleur pour Odette, personnage cliché, construit aux antipodes de Betty et seule fausse note du roman.

Après La Liste de mes envies où Grégoire Delacourt concluait que l’argent ne fait pas le bonheur, il signe ici une poésie immortelle où il affirme que ce n’est pas non plus la superficialité qui comble nos vies.

BIBLIOGRAPHIE 
 
La Femme qui ne vieillissait pas de Grégoire Delacourt, JC Lattès, 2018, 256 p.
 
 
 
D.R.
 
2018-08 / NUMÉRO 146