Par R. B.
2010 - 06
Poète et homme de théâtre, Salah al-Hamdani est né en Irak en 1951.
Engagé dans l’armée irakienne, il défend les enfants kurdes arrêtés et
battus et se retrouve emprisonné alors qu’il a à peine vingt ans. Ainsi,
il écrit ses premiers poèmes dans la captivité. Menacé de mort et banni
à sa sortie de prison, il s’exile en France laquelle portera sa voix
vers les strates intimes du poème. Il écrira alors en deux langues :
essentiellement en arabe, mais quelquefois aussi directement en
français. Après s’être longtemps opposé au régime de Saddam Hussein, il
n’aura plus tard de cesse de dénoncer la guerre d’Irak et condamner
l’occupation anglo-américaine.
Cette maison n’est pas
mienne/ Cette rue, je ne la connais pas/ Mais les nuits sont comme
celles d’autrefois/ Et les étoiles assises qui gardent la ville/
Attendent dans le vide/ Comme des chiens sans maître (…)/ Ô Mère ! Je
veux retourner dans ta chair/ pour écouter les battements de ton âme/ Je
veux voir de loin ce qui se passe dans une ville qui ne m’attend plus
(…)/ Qui vais-je trouver derrière la porte mal fermée de ton attente ?
(…)/ Ma mère, comme la lumière/ N’a pas besoin du procès de l’obscurité/
Mais d’un peu de silence (…).
Salah al-Hamdani écrit avec pudeur. Ses vers gravitent autour de l’Irak, simplement. Ils parlent à Bagdad, de Bagdad, pour Bagdad. Ils ne tendent pas à devenir hymne ou épitaphe. Ils ne cherchent pas à sculpter lauriers ou armes de guerre à celui qui les trace. Ils veulent seulement que les pensées qui hantent la mémoire du poète deviennent sens et son. Certains poèmes à la métrique classique se déroulent sans peine et sans relief ; leur empreinte est fade mais garde néanmoins la candeur d’un cri du coeur. Étonnamment, d’autres poèmes scintillent par la discrétion tout à la fois grisante de leur rythme, l’acuité inattendue de leurs images et la force entière de leur pensée.
Bagdad mon amour/ (…) Je le sais, aucune blessure ne mérite une guerre/ Voilà mon malheur/ comme une
virgule verrouillant un trait d’encre (…)/ Bagdad mon amour/ j’étais accroupi dans le coin de la page/ à l’abri des jours arides, loin des torrents de sang/ qui emportent le nom des fusillés/ avec le silence des hommes.
Al-Hamdani est ce poète qui berce sa terre, à la fois linceul serré contre soi et enfance infinie aux amours éperdues et fragiles. Il se languit d’elle et se console en elle. Il s’en souvient telle qu’elle est au présent et son exil fonde par la distance géographique, les perturbations temporelles. Le présent de Bagdad, al-Hamdani
s’en souvient comme d’un passé. Il écrit pour que Bagdad se souvienne de lui et d’elle-même. Elle est l’espace d’émotion et d’imaginaire nécessaire à la respiration, à la création. Les poèmes de Salah al-Hamdani préservent la douceur du moment où les dernières étoiles se fondent dans le jour qui se lève. Ils parlent au lecteur sur le ton de la confidence, dans la clarté d’avancer avec la douleur, sans vouloir ni l’étouffer ni la guérir, juste lui tenir la main parmi les mots du poème.
L’exilé se couche seul/ entre les lignes de l’Histoire. (…) Je suis désemparé que mes yeux se ferment, ayant peur de réveiller pendant mon sommeil des choses enfouies en moi depuis longtemps : l’assassinat du vendeur de journaux, la photo d’un jeune Kurde que je portais sur moi le soir de mon enlèvement et la crainte insupportable que Dieu existe.