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2018-04 / NUMÉRO 142   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Poésie
Cent visages de l’amour, une lettre unique !
Voici un bien original ouvrage écrit par cent différentes personnes ! Celles-ci célèbrent l’amour sous ses formes multiples en rendant, par la même occasion, hommage à un genre littéraire tombé en désuétude à l’ère des WhatsApp et autres SMS, la lettre.

Par Antoine Boulad
2018 - 01


Cela aurait suffi pour faire de cet étonnant livre un événement unique. Mais les éditions Noir blanc et caetera ont conçu un projet encore plus audacieux et réussi une folle gageure : ces cent auteurs, dont certains sont établis tandis que d’autres publient depuis peu, inventent le cadavre exquis épistolaire.

Le cadavre exquis est un jeu, un procédé d’écriture surréaliste. Comme toutes les activités de ces poètes et artistes qui se réunissaient au Café de la Place Blanche ou ailleurs dans le Paris de l’après-guerre – une guerre parmi les plus meurtrières de l’histoire de l’humanité durant laquelle l’Europe a saigné de millions de morts – il vise l’émerveillement, il s’en remet au hasard pour explorer l’inconscient, il élève la poésie en profession de foi, il mène une sorte de quête du Graal pour remplacer les valeurs effondrées de la civilisation industrielle occidentale. « On joue », dit Breton. On écrit alors sur des papiers pliés, « à l’aveugle », sans voir ce qui précède. La première phrase ainsi obtenue était : « Le cadavre exquis/ boira/ le vin nouveau. »

Chaque écrivant n’a reçu par le soin de l’éditrice qu’une phrase dont il/elle doit poursuivre l’aventure. Et la lettre amoureuse poursuit ainsi son bonhomme de cheminement par monts et par vaux, à dos d’âne ou en bolide, cahin-caha, passant de l’amour érotique à l’amour platonique, de l’amitié épurée aux déchirements des êtres, de l’amour refroidi aux élans les plus sensuels, de l’amour homosexuel à l’amour divin, dans une continuité faite d’étrange cohérence… mille visages qui ne font qu’un.

« Je t’ai mis dans une boîte. J’ai refermé derrière toi. Et j’ai ouvert ma vie. J’ai étreint l’univers. Léché l’air autour de moi. Caressé mes cheveux, ma peau, mon ventre. »

« À dire vrai, je t’attendais avant même de te rencontrer. Tu vivais déjà en moi comme l’incarnation charnelle d’une promesse. »
« Affamé et sans fin. Puisque j’ai faim des buissons d’étincelles de ta chevelure (…) de l’allumage automatique de tes jambes qui montent aux nues. »

« Nous irons ensemble Ô mon ami, émerveillés par les beautés autour de nous. »

Ce qui pique la curiosité du lecteur c’est de deviner quel texte appartient à quel auteur. Encore un jeu ! Une liste de ces « cent mains » figure bien en annexe mais non leur signature !


BIBLIOGRAPHIE
L’Amour à 100 mains, collectif, Noir blanc et caetera, 2017, 160 p.
 
 
 
 
2018-04 / NUMÉRO 142