Par Alexandre Najjar
2012 - 07
Dans L’État en crise et la société désorientée, Suleiman Abdel-Menhem, juriste de renom, professeur à l’Université d’Alexandrie et directeur général de la Fondation de la pensée arabe (Mouassassat al-fikr el-arabi), pose des questions essentielles et essaie d’y répondre avec sagesse et clairvoyance. Les sujets qu’il aborde sont divers : la corruption, l’inculture, le dialogue interculturel, l’islamophobie… Mais un même souci sous-tend tous ses textes : la nécessité, pour les Arabes, de sortir de leur léthargie et leurs préjugés. Pour lui, réformer le pouvoir ne suffit pas : il faut réformer la société arabe. Victor Hugo dans Les Misérables ne disait pas autre chose : « Détruire les abus, cela ne suffit pas ; il faut modifier les mÅ“urs. » Le printemps arabe leur a donné raison : le pouvoir autocratique – que le peuple lui-même avait accepté et célébré pendant des années, se rendant ainsi complice, et donc responsable, de ses agissements – a disparu, mais les problèmes augmentent, attisés par l’anarchie et le fanatisme. Les contradictions, le manque de cohésion nationale, les inégalités, le système éducatif même ont vicié la société et créé chez le citoyen un sentiment de malaise. Pour l’auteur, ce n’est pas seulement le pouvoir qui a placé le peuple dans cette situation : en Égypte, par exemple, après une période de « conscience collective » qui a conduit au départ du raïs, la révolution a dégénéré, engendrant des multitudes de « consciences » hétérogènes, dévoyées par les partis. Au lieu que le changement de régime ne dissipe le malaise ambiant, il a enfoncé la société dans un malaise plus grave encore… Le ver est donc dans le fruit, la société arabe est foncièrement malade et doit se soigner, se réformer, pour être en mesure de relever les défis présents et futurs. La démonstration de Suleiman Abdel-Menhem est d’autant plus convaincante qu’elle est émaillée de références culturelles pertinentes, servie par le style précis du juriste et par un sens certain de la formule, émaillée de vers du poète égyptien Amal Denkal, systématiquement cité à la fin de chaque texte – procédé cher à Alaa al-Aswany qui clôture toujours ses chroniques par la formule : « La démocratie est la solution. » Un essai édifiant, pour mieux comprendre le printemps arabe et, surtout, « le malheur arabe » dénoncé par Samir Kassir.Â