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2017-08 / NUMÉRO 134   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Essai
Une exigence démocratique


Par Olivier Mongin
2017 - 05
Article publié dans la revue Esprit, le 14 décembre 2011

Samir Frangié est connu comme journaliste politique (an-Nahar, as-Safir…), créateur de centres de recherches (The Lebanese Studies Foundation entre autres), et comme analyste et écrivain. Proche de Ghassan Tuéni et du regretté Samir Kassir, il est membre de la direction du mouvement du 14 Mars après avoir contribué à la création d’une opposition plurielle à l’origine de « l’intifada de l’indépendance » de 2005. Comme en témoigne la photo de couverture de cet ouvrage, qui le représente comme une sorte de penseur de Rodin, Samir Frangié est aussi un penseur qui n’a cessé de réfléchir au contrat social libanais et à la violence qu’il tend à civiliser plus qu’à surmonter.

La violence, il la connaît d’abord durant l’enfance, dans son entourage, où beaucoup de proches sont assassinés. Il la connaîtra plus tard à travers les crimes visibles et invisibles de la guerre civile, qui a duré de 1975 à 1990, puis à travers les assassinats perpétrés depuis l’autre côté de la montagne libanaise contre le Premier ministre Rafic Hariri et bien d’autres. La violence, il essaie aussi de la saisir dans ce livre qui est un travail (et non pas un devoir) de mémoire sur lui-même, ce qui lui permet de rappeler les étapes d’un parcours personnel et collectif qui rythme l’histoire libanaise. Mais de ces événements destructeurs ou fondateurs, fauteurs de mort ou sursauts de vie, il retient moins les intempéries du mal que les moments susceptibles de contribuer à l’émergence d’un bien commun.

Cette conviction que le bien l’emporte nécessairement sur le mal est le nerf d’une pensée politique du contrat social, mais d’un contrat « asymétrique » selon lequel, dans un esprit proche du « paradoxe politique » de Paul Ricœur, du plus grand bien, de la volonté de vivre ensemble, peut naître le plus grand mal, la pire des dominations.

Cette traversée de la violence, ce miroir du Liban, est une invitation indissociable de l’esprit de « l’intifada de l’indépendance » à saisir la constitution possible d’une communauté politique libanaise ne reposant pas sur la seule dynamique communautaire. Samir Frangié ne fait pas pour autant l’éloge d’un individualisme absolu, il distingue « l’être-ensemble communautaire » et « le vivre-ensemble politique » : celui-ci n’annule pas le premier mais interdit qu’il soit un facteur d’assujettissement. Ce livre courageux est un « acte de foi » dans un Liban dont les exigences démocratiques singulières et la dure histoire ne font pas une exception historique.


 
 
 
BIBLIOGRAPHIE
Voyage au bout de la violence de Samir Frangié, L’Orient des livres/Actes Sud, 2011, 176 p.
 
2017-08 / NUMÉRO 134