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Essai
Solé, archéologue de l’égyptologie


Par Jean-Claude Perrier
2019 - 12


Avec La Grande Aventure de l’égyptologie, Robert Solé le Cairote ajoute un volume de plus à sa bibliographie égyptienne ! Dans un bel équilibre entre l’érudition et la clarté, avec un style toujours limpide (fruit de son métier de journaliste), il entreprend ici de retracer l’histoire de la science de l’Égypte ancienne, des origines à nos jours et, partant, des rapports entre l’Occident et l’ancienne terre des Pharaons. Avec quelques épisodes célèbres, et aussi des histoires oubliées, peu connues voire inédites. 

Tout démarre à la Renaissance, quand l’Italie, puis le reste de l’Europe, vont redécouvrir l’Antiquité, via les auteurs grecs et latins, dont certains ont écrit sur l’Égypte : comme le Grec Hérodote, surnommé « le père de l’Histoire », qui vivait au Ve siècle avant Jésus-Christ, son compatriote Strabon (au Ier siècle avant notre ère), ou encore le Romain Dion Cassius. Il y eut ensuite des explorateurs empiriques, précurseurs de l’archéologie à venir : comme le père Vansleb, un dominicain envoyé par Colbert, en 1672-1673, afin d’acquérir des pièces qui iront enrichir les collections royales ; le jésuite Claude Sicard, missionné pour tenter de convertir les coptes au catholicisme, en 1718, et qui découvre, par hasard, Thèbes et Karnak ; ou encore Volney, en 1783, lequel, en quelque sorte, prépare le terrain pour la fameuse expédition de Bonaparte (1798-1801). Le conquérant emmène avec lui 167 scientifiques, dont un certain Vivant Denon, qui publiera sa monumentale Description de l’Égypte, de 1810 à 1826, et deviendra le premier directeur du Louvre. 

À partir de là, même si la domination française sur le pays n’aura duré que trois ans, Robert Solé montre comment, durant tout le XIXe siècle, l’égyptologie est devenue une « science française ». Ce sont les Français qui ont trouvé la pierre de Rosette, confisquée ensuite par les Anglais, et ont donné à l’égyptologie Champollion, le déchiffreur des hiéroglyphes, puis Mariette, Maspero et le bien moins célèbre Pierre Lacau, qui furent, au service de l’Égypte, les directeurs de ses antiquités et du Musée du Caire, et luttèrent farouchement pour que les objets trouvés dans le pays demeurent dans le pays. Ainsi, c’est grâce à Lacau, qui s’opposa résolument à Howard Carter, que le trésor de Toutankhamon, découvert en 1922, est demeuré intégralement propriété égyptienne, au lieu d’être partagé en deux avec son inventeur, selon l’usage de l’époque. Il va sans dire que cette « exception française » suscita bien des rivalités, avec les Italiens, les Anglais, les Allemands, voire les Américains.

Mais le livre de Robert Solé ne se cantonne pas au passé. Il mène l’histoire de l’égyptologie jusqu’à nos jours, et s’achève même sur une question ouverte vers le futur : que reste-t-il à découvrir en Égypte ? Tout, répondraient les archéologues. Aussi bien des villes, et non des temples ou des tombeaux, où l’on pourrait comprendre comment vivaient les gens du peuple ; il faudrait fouiller le fond du Nil, où doivent dormir d’innombrables merveilles ; il faudrait aussi fouiller en profondeur Alexandrie, pour retrouver la capitale hellénistique, et, peut-être, le tombeau d’Alexandre le Grand, le palais et le tombeau de Cléopâtre… Cela fait rêver, mais c’est impossible, car la grande cité du delta du Nil est le seul site d’Égypte à avoir été réoccupé et recouvert par une ville moderne, rendant les fouilles particulièrement difficiles. D’où, pour compenser, le développement de l’archéologie sous-marine, qui n’a pas encore livré tous ses secrets. 

Comme quoi, alors que va s’ouvrir bientôt, au pied des Pyramides de Gizeh, le Grand Musée du Caire qu’on espère pharaonique, l’Égypte antique est plus vivante que jamais, et son étude, récente somme toute, a encore d’innombrables chantiers qui l’attendent.


 
 
 
La Grande Aventure de l’égyptologie de Robert Solé, Perrin, 2019, 350 p.

 
 
 
D.R.
 
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