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Enquête
Dans la jungle de la rentrée littéraire
Romans français et étrangers, essais et documents, c'est encore, tous genres confondus, près de mille nouveautés qui vont paraître cet automne en France. Comment s'y retrouver dans cette production abondante ?


Par Jean-Claude Perrier
2015 - 08
589 romans, 393 français dont 68 premiers romans, et 196 étrangers, plus de 300 essais ou documents : c'est un peu moins que l'année dernière, ainsi que, crise économique oblige, les éditeurs français s'y étaient engagés. Et même si le marché du livre résiste mieux que certains autres, le disque notamment. Mais c'est encore considérable. Aussi, explorer la rentrée littéraire, c'est un peu comme se promener dans une jungle tropicale, de nuit, éclairé de sa seule lampe frontale. Le lecteur risque l'étouffement, ou d'être happé par quelque grand fauve à l'affût d'un Goncourt. Une sanction de fin de saison qui reste très courue, tant par les auteurs, toujours heureux que leur talent soit reconnu, que par leurs éditeurs, pour qui grand prix littéraire égale ventes conséquentes.

Littérature française : valeurs sûres et découvertes

Côté littérature française, on n'étonnera personne en annonçant un nouvel Amélie Nothomb chez Albin Michel, son 23e, Le crime du comte Neville, une histoire présentée comme « dans le style d'Oscar Wilde ». Parmi les autres vedettes, Alain Mabanckou, de retour à la fiction et au Seuil avec Petit piment, un roman qui se situe dans son Congo natal. Yasmina Khadra, avec La dernière nuit du Raïs (Julliard), évocation saisissante des derniers jours et de la mort de Mouammar Kadhafi. Boualem Sansal, avec 2084 (Gallimard), librement inspiré du projet 1984 d'Orwell, signe une fiction post-apocalyptique, satire féroce de l'islamisme radical. Christine Angot, elle, dans Un amour impossible (Flammarion), retrace l'histoire de ses parents, et sa relation complexe avec sa mère. Tandis que Philippe Delerm, avec Les eaux troubles du mojito (Seuil), revient à la forme brève qui a fait sa renommée, et le succès de sa Première gorgée de bière, long-seller inégalé depuis 1997.

Du côté des valeurs sûres, Carole Martinez publie enfin son troisième roman, La terre qui penche (Gallimard), à qui d'aucuns prédisent déjà le Goncourt. Tout comme à Delphine de Vigan, qui donne à Lattès D'après une histoire vraie, un récit qualifié d'« ambitieux ». Mais Charles Dantzig (Histoire de l'amour et de la haine, Grasset), Mathias Énard (Boussole, Actes Sud), le Libanais Charif Majdalani (avec un remarquable roman, Villa des femmes, paru au Seuil) ou Simon Liberati (Eva, Stock) sont aussi des prétendants sérieux. Du côté des découvertes, mentions spéciales à Judith Perrignon, auteur d'un étourdissant Victor Hugo vient de mourir (L'Iconoclaste), à Amélie de Bourbon Parme, pour son magistral Le secret de l'empereur (Gallimard), sur les dernières années de Charles Quint. Très attendu, également, le deuxième roman de Laurent Binet, l'auteur du fameux Hhhh, la septième fonction du langage (Grasset), une enquête parmi le milieu intellectuel parisien, suite à la mort de Roland Barthes le 25 février 1980, mais assassiné ! Quant aux premiers romans, c'est la parcelle la plus touffue, la plus obscure de notre jungle. Il faut y aller à l'aveuglette, selon son inspiration. Pour l'instant, on a beaucoup apprécié l'originalité de Djibouti, du tout jeune Pierre Deram, chez Buchet-Chastel.

Romans étrangers : de Morrison à Douaihy

Du côté de la littérature étrangère, nombre de valeurs sûres : le prix Nobel Toni Morrison (Délivrances, chez Bourgois), Martin Amis (Zone d'intérêt, une histoire d’amour dans un camp d’extermination nazi que Gallimard a refusé de publier, contrairement à Calmann-Lévy), David Grossman (Un cheval entre dans un bar, Seuil), Jim Harrison, qui fait reprendre du service à son héros fétiche, l'inspecteur Sunderson, dans Péchés capitaux (Flammarion). Présenté comme un événement, L'infinie comédie (L'Olivier), le « roman total » de David Foster Wallace, paru aux États-Unis en 1996, sur la société du spectacle, est un pavé de près de 1500 pages. L'auteur s'est suicidé en 2008, à 46 ans. Autre événement majeur, Millenium 4, Ce qui ne me tue pas, la « suite » de la saga de Stieg Larsson reprise par David Lagercrantz (Actes Sud). Enfin, mentions particulières à La langue du secret de la Libanaise Najwa Barakat (Actes Sud/Sindbad/L’Orient des Livres) et au Quartier américain de son compatriote Jabbour Douaihy (Actes Sud/Sindbad/L'Orient des Livres), roman des destins croisés de deux garçons de Tripoli, le fils de notable Abdel-Karim et le très pauvre Ismaïl, recruté par les jihadistes, sur fond de la seconde guerre d'Irak (voir p8.).

Essais : l’actualité en première ligne

L’actualité fait partie des thèmes abordés par les auteurs d'essais et de documents de la rentrée, de plus en plus en prise avec les grands problèmes de l'époque : écologie et réchauffement climatique (Gilles Luneau et François-Marie Bréon, Atlas du climat : face aux défis du réchauffement, chez Autrement) ; enseignement (Philippe Meirieu : C'est quoi apprendre ?, L'Aube) ; crise économique (Yanis Varoufakis, ancien ministre grec de l'économie, contestataire et contesté : Un autre monde est possible, Flammarion) ; terrorisme (La vie après Daesh de Dounia Bouzar, à l'Atelier, un manuel salutaire de désintoxication idéologique à l'usage des adolescents). En guest-star, le pape François et son Encyclique sur l'écologie : débats, réactions, présentation (version commentée, chez Parole et silence). Il y aura aussi des échéances électorales en France (les régionales en décembre, mais surtout les présidentielles en 2017), nombre de livres de circonstance, écrits (ou pas) par des hommes politiques, de droite surtout. Comme Alain Juppé, qui va publier pas moins de quatre ouvrages programmatiques chez Lattès, le premier étant consacré à L'éducation, la mère des réformes. À gauche, on se fait plus discret, laissant la place à des bilans, forcément désastreux, ou à des analyses, évidemment au vitriol. Ainsi L'ineffaçable trahison, de Jean-François Kahn (chez Plon). Le Président Hollande, lui, tente de prendre de la hauteur en préfaçant un ouvrage collectif fort austère en apparence, Le moteur du changement : par le dialogue social et pour un avenir solidaire (Fondation Jean-Jaurès). Il n'est pas sûr que les (é)-lecteurs se précipitent.


 
 
 
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