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2018-10 / NUMÉRO 148   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Editorial
Les marchands du temple


Par Alexandre Najjar
2018 - 06
Quand une personnalité de la trempe de Metternich considère que le Liban est « ce petit pays qui est si important », quand De Gaulle salue en mai 1965 cette « nation indépendante, prospère et cultivée », quand Gibran Khalil Gibran affirme que « si le Liban n’était pas mon pays, je l’aurais choisi pour patrie »,et que l’on voit, aujourd’hui, la mafiature en place faire si peu de cas de la nationalité libanaise en l’octroyant sous le manteau à des personnes indésirables sans même avoir procédé aux contrôles d’usage (commandés a posteriori suite au tollé provoqué par cette affaire) et voter un article de loi accordant un permis de séjour permanent aux acquéreurs étrangers de biens immobiliers au Liban, avant que le Conseil constitutionnel, décidément courageux et très bien inspiré, ne finisse par l’annuler ; quand on prétend que le Liban est une démocratie, alors que l’on constate que les dernières élections, organisées sous l’empire d’une loi bancale cousue à la mesure de certains candidats et boycottées en signe de dégoût et de rejet par la moitié de la population, ont été une véritable mascarade où l’argent a coulé à flot, où le dépouillement a souvent été faussé par de savantes manipulations informatiques, où les voix des Libanais de la diaspora, qu’on suppliait pourtant de participer au scrutin, se sont volatilisées comme par enchantement, où les bureaux de vote dans certaines circonscriptions sont restés ouverts plus de trois heures après la fermeture officielle, le périmètre autorisé devenant élastique à l’infini pour permettre aux bus de véhiculer des milliers de retardataires ; quand on se targue de vivre au « pays du miel et de l’encens » alors que notre bon vieux ministère de la Culture a récemment autorisé la destruction d’immeubles classés, situés dans un quartier traditionnel de Beyrouth, et que les dépotoirs à ciel ouvert empuantissent toujours l’atmosphère et polluent allègrement la Méditerranée ; quand le régime accueille plus d’un million de réfugiés syriens alors que le pays est en faillite et que la Syrie plus ou moins pacifiée, au lieu de les rapatrier, organise, grâce à la loi scélérate n°10, leur implantation au Liban pour s’en débarrasser ; quand on fait semblant de vouloir combattre la corruption alors que le prétendu juge est lui-même partie… on est en droit de se demander où est le peuple libanais et comment il accepte encore qu’une oligarchie composée de malfaiteurs qui ne respectent rien continue en toute impunité de saigner à blanc le pays et de le vendre au plus offrant, au lieu de se révolter, à la manière du Christ, contre ces marchands du temple qui ont transformé notre « maison de prière » en un « repaire de brigands » !

 
 
 
2018-10 / NUMÉRO 148