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2019-12 / NUMÉRO 162   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Editorial
Justice


Par Alexandre Najjar
2019 - 10
Les récentes nominations judiciaires ont été saluées par l’opinion publique qui a été soulagée de voir des magistrats honnêtes et compétents accéder enfin à des postes importants. Mais nommer des magistrats intègres ne suffit pas pour édifier un État de droit. Encore faut-il que le régime respecte lui-même les libertés publiques, combatte la corruption et mette un terme aux ingérences des politiciens dans les affaires judiciaires. Le cas du journal Nidaa al-Watan, né il y a quelques mois à l’heure où de nombreux journaux mettaient la clé sous la porte, est une illustration des lignes rouges à ne pas franchir. Car, comme le rappelle le Conseil constitutionnel français, la liberté de la presse est une liberté fondamentale de premier rang et « l’une des garanties essentielles du respect des autres droits et de la souveraineté nationale ». Dans l’affaire déférée devant le tribunal des imprimés, on reproche au quotidien d’avoir souhaité la bienvenue aux ambassadeurs étrangers présents à Baabda « dans la République de Khamenei », titre faisant allusion au discours du chef du Hezbollah qui s’est targué d’être le bras armé de l’Iran au Liban. Soucieux de la souveraineté nationale consacrée par notre Constitution, ému par le mutisme troublant des autorités, le journal a appliqué son droit à la liberté d’expression, autre principe constitutionnel, pour critiquer des propos anticonstitutionnels proférés par un parti qui a créé, de l’avis de tous les politologues, « un État dans l’État », et ce sont les journalistes qu’on poursuit ? On croit rêver. Cette chasse aux sorcières, qui veut confisquer à la presse son droit le plus légitime de critiquer le régime dans un pays qui s’enorgueillit d’être un espace où s’épanouit la liberté d’expression absente de la plupart des pays de la région, est extrêmement dangereuse et peut conduire, si elle n’est pas endiguée, à des dérives totalitaires qui saperaient notre démocratie – ou ce qu’il en reste. Le tribunal des imprimés ne doit pas être un instrument de censure, mais le garant de cette liberté d’expression. Un article ou éditorial virulent, humoristique ou caustique est bien plus profitable à la démocratie que les agissements ou les silences qui ont justifié cette interrogation d’un magazine français : « L’État libanais, otage ou complice du Hezbollah et de l’Iran ? », et la liberté de blâmer chère à Beaumarchais reste le garde-fou le plus sûr pour empêcher cette démocratie de couler.


 
 
 
2019-12 / NUMÉRO 162