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2020-04 / NUMÉRO 166   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Le monde comme métaphore


Par Nadine NASSAN
2007 - 12



On entre dans Miroir par toutes ses facettes, nombreuses, et qui laissent un chatoiement dans la main d’abord, puis dans la mémoire. Tous les parcours y sont permis, les feuillets tissent peu à peu des liens entre eux : de l’escargot à la mante religieuse, de Hariba à Sola, de ce charmant jeune homme sorti de la commedia della vita au méchant vizir qui fabrique la mort, quel fil secret relie toutes ses pages ? Comment peut-on dire avec une telle sobriété des situations aussi denses ? Chaque nouvelle apporte un sens, une touche nouvelle au paysage intérieur de l’auteur qui se construit peu à peu. Du passé remontent des souvenirs, le prince Alexandre, les petites filles modèles, Beyrouth au temps d’avant le grand fracas. Mais le présent aussi fixe sur ces pages une sorte d’intemporalité, qui fait que le lecteur se reconnaît dans le jacaranda de la première ligne, dans le tour du monde de la planète regardée de haut par l’étoile, dans le chant des cigales qui entoure cette femme plongée dans l’attente, le désir et la peur...
C’est avec une subtilité précise que se déploient les pages et les lignes de Miroir. Pas de grands discours sur le temps, l’amour, la guerre, pas de complaisance dans l’évocation d’un amour passé, d’une émotion fulgurante, mais des mots qui pétillent de fantaisie, inattendus, déconcertants, et pourtant chaque fois nécessaires. Précis, sobres, ils sont là, et leur sautillement empêche la gravité, tout en serrant le cœur. C’est bien cette retenue qui  frappe et qui plaît. Tout se dit dans l’évitement, et la grande force de ce livre est de trouver le ton le plus juste, en contournant sans cesse les choses, en ne les évoquant que par allusion, en les disant sans les nommer. Et c’est bien ce qui rapproche ces feuillets de la poésie ; le monde est devenu métaphore – titre de l’une des nouvelles –, il s’entraperçoit à travers des reflets (d’un miroir, justement), et le titre du recueil, qui, au départ, peut sembler arbitraire, prend tout son sens par le fait de cette écriture allusive et poétique. C’est en effet une écriture nouvelle que donne à lire Miroir, d’une grande maîtrise et d’une efficacité inventive rehaussée par une forme neuve où la prose devient poésie.

 
 
Du passé remontent des souvenirs, le prince Alexandre, les petites filles modèles, Beyrouth au temps d’avant le grand fracas.
 
BIBLIOGRAPHIE
Miroir de Mona Moukarzel, Dergham, 2007, 577 p.
 
2020-04 / NUMÉRO 166