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2017-07 / NUMÉRO 133   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Regards croisés
Al Akhtal as-Saghîr par Rachid Wehbi


Par Farès Sassine
2010 - 09
En 1961, le poète Béchara Abdallah al-Khoury (1885-1968), mieux connu sous le surnom d’al Akhtal as-Saghîr , par référence au poète taghlibide de la cour omeyyade et pour le différencier du président Béchara Khalil al-Khoury, atteignait ses 75 ans. Pour son jubilé de diamant, un comité où se retrouvaient nombre de ses ennemis d’hier, se forma, commanda son portrait à un peintre, son buste à un sculpteur, fit paraître ses poèmes dans un nouveau recueil des plus élégants sous la direction de l’artiste du livre libanais des années 1940-1960, Radwan al-Chahal, Shi‘r al Akhtal as-Saghir et réunit pour lui rendre hommage les poètes et les prosateurs les plus célèbres du monde arabe. Certains l’acclamèrent Prince des poètes comme Amine Nakhlé dont le poème débutait par l’hémistiche: « Peut-on dire Akhtal et saghîr (petit) ? »

Béchara al-Khoury a passé sa vie entre les deux Bourj, Bourj Hammoud dont il est originaire, et la Place des Canons où il fonda et dirigea le journal Al Barq (1908-1933) qui se fit l’écho de toutes les causes patriotiques. Ses poèmes mis en musique et chantés par les plus grands au Caire (Abdel Wahab, Asmahan, Farid al Attrache…) avant de l’être à Beyrouth (Feyrouz, Wadih Safi…) lui avaient assuré une notoriété arabe. Sur le plan proprement poétique, ses œuvres d’un tendre lyrisme et d’une musicalité sans accrocs rénovait dans le classicisme et se démarquait de la versification appliquée du siècle précédent. Mais son innovation même ouvrait la voie à des pionniers plus radicaux qui se retournaient contre elle.

Les 75 ans du poète furent donc l’année de la reconnaissance universelle. Si l’œuvre du sculpteur fut souvent critiquée, le portrait du peintre Rachid Wehbi (1907-1990) fit l’unanimité. Il était d’une grande sobriété opposant aux couleurs sévères et mouvementées du fond et du costume la fraîcheur du visage, la sensualité des lèvres et la sérénité du regard. Le poète Al hawa wal chabab (Amour et jeunesse,1953) était saisi et immortalisé à son âge avancé :

Amour, jeunesse et espoir
Inspirent et octroient vie à la poésie
Amour, jeunesse et espoir
M’ont totalement glissé des mains

Dans la mémoire visuelle des amateurs de poésie, l’image du petit Akhtal qui reste n’est pas celle du jeune homme moustachu en tarbouche appuyé élégamment sur sa canne, mais celle laissée par le peintre beyrouthin Rachid Wehbi dont Georges Cyr disait « qu’il enveloppe les objets et les corps de son amour de peintre. ».
 
 
 
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