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Théâtre
Jean-Michel Ribes, façon puzzle


Par Jean-Claude Perrier
2015 - 11
Le grand homme de théâtre se raconte pour la première fois, dans une autobiographie éclatée, enlevée, qui lui correspond bien mieux que des mémoires traditionnels.

Comédien, auteur dramatique, metteur en scène, cinéaste, Jean-Michel Ribes s’est identifié avec le Théâtre du Rond-Point, tout près des Champs-Elysées, qu’il dirige depuis 2002. Ribes a été nommé à sa tête une première fois en 2002, « sous la droite », fait-il malicieusement observer, lui qui affiche résolument ses convictions et ses amitiés socialistes, y compris avec François Hollande, un « ami de 25 ans », mais précise : « Je ne fais pas partie de ses courtisans, et n’en tire aucun privilège ». En revanche, il n’aimait pas Mitterrand (« un cynique, un Janus »), et il a vigoureusement combattu Sarkozy, dans son pamphlet René l’énervé : « Il devenait de plus en plus fou ! Je n’ai aucune envie qu’il revienne au pouvoir et de devoir écrire un tome 2 ». Quant à Giscard, « ce président qui a eu recours à la pire démagogie pour se faire aimer des Français, en vain », il en garde des souvenirs très personnels : son père, avec qui ses rapports furent plus que complexes, a terminé sa carrière politique comme secrétaire d’État aux PTT, comme on disait à l’époque, sous Giscard, justement. 

Son mandat à lui a été renouvelé en 2007, puis en 2012. Il expire donc fin 2016. M. le directeur souhaite en effectuer un quatrième, « le dernier ». « Mais si quelqu’un veut le poste à ma place, je rends les clefs demain ! » Même si la charge est lourde, notre homme se sent plein de jeunesse et de pugnacité, et il aura du mal à quitter sa maison, dont il souhaite d’abord écrire l’histoire, « ces quinze ans de folie ». Une saga à succès, avec des choix artistiques courageux, comme ne jouer que des auteurs vivants, et assumer ce « rire de résistance » qui est un peu devenu sa marque de fabrique, et qui était alors, au début des années 2000, « tabou ».

Dans son livre, morcelé comme son titre l’indique en Mille et un morceaux, volumineux, très construit et fort bien écrit, Jean-Michel Ribes mêle plusieurs genres : des portraits, en général admiratifs mais qui peuvent aussi être vachards, des souvenirs, des anecdotes, des voyages, des aphorismes qu’il appelle des « miettes ». Comme celles-ci : « Seraient-ce les lecteurs de Proust qui m’ont éloigné de Proust ? » ou « La pensée vient en pensant, le calcul en calculant, la vie en vivant, l’amour… pas toujours ». Ou encore : « Mon autonomie d’écriture est réduite. J’écris le temps d’une jouissance. Mes pièces sont une suite d’éjaculations cousues ensemble ». Côté pérégrinations, on retiendra une tournée au Liban pour un festival, « Rond-Point Paris Beyrouth Théâtre ville ouverte », qui a donné lieu à une rencontre mémorable avec Walid Joumblatt dans la montagne du Chouf, dans le « palais où vivait le leader des druzes, (…), relax comme un Américain ». Une expérience marquante, que Ribes résume ainsi : « Le Liban est incompréhensible, bouleversant, indispensable. »

Tout cela forme ce qu’il appelle « une petite mosaïque » qu’il a visiblement éprouvé du plaisir à imaginer et assembler, lui qui s’y était refusé durant dix ans, faisant même capoter tous les projets de livres d’entretiens imaginés par plusieurs éditeurs impatients. Il s’est appliqué à l’écriture, pendant un an, et semble satisfait du résultat. Vivement la suite !






Jean-Michel Ribes au Salon
Conférence sur les Mille et un morceaux,
le 28 octobre à 16h (Salle RDC)
 
 
« La pensée vient en pensant, le calcul en calculant, la vie en vivant, l’amour… pas toujours »
 
BIBLIOGRAPHIE
Mille et un morceaux de Jean-Michel Ribes, L’Iconoclaste, 2015, 528 p.
 
2017-12 / NUMÉRO 138