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Revue
40 ans d’échecs et d’espoirs
Le dernier numéro des Cahiers de l’Orient, auquel ont contribué des plumes engagées d’horizons très différents, dresse le portrait d’un pays situé quelque part… aux frontières de l’utopie.

Par Lamia el-Saad
2015 - 12
Revue trimestrielle éditée par le CERPO (Centre d’études et de recherches sur le Proche-Orient), Les Cahiers de l’Orient rassemblent des articles recouvrant les pays du Proche-Orient. Toutefois, le dernier numéro se distingue en ce qu’il est exclusivement consacré au Liban. Il se distingue également en ce qu’il fut coordonné par Lina Zakhour, auteur, avocate au barreau de Beyrouth, analyste et consultante en sciences de l’information et de la communication, chargée de cours à l’université et spécialiste pluridisciplinaire du discours. 

Mais comme Antoine Sfeir ne saurait être bien loin dès lors qu’il s’agit des Cahiers de l’Orient, c’est bien évidemment lui qui signe l’éditorial ; un éditorial extrêmement virulent sur l’absence d’un État de droit au Liban. Thème repris par Ziyad Baroud qui qualifie, dans son article, l’État de droit de « principal vaincu ». Mais Marwan Maalouf qui consacre un article au réveil de la société civile constate que « l’état des lieux après les 22 et 29 août n’est plus celui de l’indifférence et de la nonchalance libanaise ».

Quant à Mahmoud Berri, il pose la question suivante : « Le Liban est-il une nation ? » Selon lui, l’instabilité, les conflits et les transferts de populations pourraient « signifier une nouvelle “question d’Orient” », un siècle après la chute de l’Empire ottoman. Il s’accorde avec Antoine Khair pour affirmer qu’une réforme de la Constitution ne résoudra en rien la « crise chronique du régime libanais ».

De son côté, Lina Zakhour consacre son introduction au « Liban message » ; à ce « pays laboratoire » où se pratiquent des expériences plus ou moins heureuses. 

Il y a deux écoles. Deux écoles complémentaires et, sans doute, aussi nécessaires l’une que l’autre : celle des irréductibles optimistes et celle des pessimistes qui se disent réalistes. Nadim Gemayel qui est de ceux-là s’étonne de la « capacité du Libanais à préserver sa cécité ». 

Mais comment désespérer d’un pays qui s’est relevé tant de fois ? Gemayel conclut que notre génération doit avoir le courage de « se réinventer » et cite Voltaire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je suis prêt à mourir pour défendre votre droit de le dire. »

Se réinventer. Certains le font déjà. Ainsi, les volontaires d’Offre Joie : une ONG apolitique et non confessionnelle fondée en 1985 qui participe régulièrement à la réhabilitation de quartiers sinistrés, à la construction d’écoles, à la réinsertion de prisonniers et à l’accueil de réfugiés. Réunissant des bénévoles de toutes confessions, l’association contribue surtout à maintenir un dialogue et à rapiécer un tissu multiconfessionnel durement éprouvé.

Se réinventer en luttant contre une pratique si ancienne qu’il est impossible d’en dater l’origine. Carole Al Sharabati et Rabih El Chaer la dénoncent sous toutes ses formes : de la « petite corruption » à la corruption à « grande échelle », de la corruption honteuse à la corruption arrogante. Et ils sont en mesure de le faire de manière très circonstanciée, chiffres à l’appui ; puisque l’ONG Sakker El Dekkene permet au citoyen de dénoncer les pots-de-vin et les actes de corruption. Il en faudrait beaucoup pour arracher un mal si bien enraciné. Il faudrait, entre autres, une « culture anti-corruption qui ne peut être diffusée qu’à travers les écoles et les universités ».
Le Père Salim Daccache souligne que l’éducation prodiguée par l’Université Saint-Joseph privilégie « le discernement et l’esprit critique, la tête bien faite au lieu de la tête bien pleine » ; et cela dans le but de « former des penseurs et non des imitateurs ». L’USJ continue de faire preuve de « résistance intellectuelle, culturelle, scientifique, sociale et spirituelle ». Mais sa priorité demeure incontestablement le fait de favoriser « le vivre-ensemble libanais entre chrétiens et musulmans », et ce par des moyens extrêmement concrets, en proposant de véritables formations de relations islamo-chrétiennes.

Liban : 40 ans d’échecs et d’espoirs, tel est le titre du dernier numéro des Cahiers de l’Orient. Les plumes qui y ont contribué (nous pouvons citer également le Père François Boedëc, Rémy Darras, Misbah El Ahdab, Melhem Khalaf, Michel Vauzelle, Élie Ziadé et Marie-José Sfeir) se divisent donc en deux groupes. Toutefois, leurs articles semblent dialoguer, s’interpeler et se répondre. Il en résulte le constat suivant : il n’est point d’échec qui ne soit intimement lié à un espoir à sa mesure.


 
 
© Yann Artus Bertrand
 
BIBLIOGRAPHIE
Les Cahiers de l’Orient, Liban : 40 ans d’échecs et d’espoirs de , dossier coordonné par Lina Zakhour, n°120, CERPO, Automne 2015
 
2017-03 / NUMÉRO 129