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2018-11 / NUMÉRO 149   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Travaux et Jours : Beyrouth, vulnérable et résiliente


Par Lamia el-Saad
2018 - 07


Fondée en 1961 par le père Ducruet, Travaux et Jours, revue pluridisciplinaire de l’Université Saint-Joseph, a connu en son temps un rayonnement culturel important mais a vu ses publications interrompues durant la guerre civile. Mounir Chamoun lui offrit un nouveau départ et une nouvelle vie en 1999. Antoine Courban qui lui a succédé en est actuellement le rédacteur en chef. Le père Daccache, recteur de l’USJ, en est le directeur de publication, Rita Bassil la secrétaire de rédaction et Christophe Varin l’administrateur. Si elle est universitaire, cette revue n’est pas académique pour autant. En effet, ses plumes sont des plus prestigieuses : celles de spécialistes qui s’expriment chacun dans son domaine et réussissent un remarquable travail de vulgarisation qui consiste à rendre les notions les plus ardues accessibles au grand public. 

Le titre Travaux et Jours est inspiré d’un poème d’Hésiode : « par ses travaux l’homme a conquis sur la matière la gloire de son propre avènement (…) ses jours rythment le cycle des saisons ».

Le moins que l’on puisse dire est que cette revue est loin d’être figée dans le temps. Son dernier numéro se distingue par l’apparition d’une nouvelle rubrique intitulée « L’Université Saint-Joseph se souvient ». Cette rubrique est inaugurée par un vibrant hommage de Mona Azzam au professeur Jean Salem.

Ce 92e numéro regroupant des articles, certes très différents, mais qui se complètent parfaitement et se font écho, a pour fil conducteur la vulnérabilité et la résilience de la ville de Beyrouth et du Liban en général. Il a été rédigé en période électorale : durant des élections législatives faites selon une loi dont les électeurs n’avaient qu’une « compréhension approximative ». Néanmoins « la vie politique libanaise se révèle résiliente » malgré les violences que subissent les populations des pays limitrophes en Syrie et à Gaza. Il n’en demeure pas moins que le Liban ressemble fort à une « éponge stratégique en mesure d’absorber les eaux ménagères de la région, transformant ainsi le conflit extérieur en crise politique interne ». De fait, d’après Françoise Moncomble, la ligne de démarcation de l’ennemi est très floue. Devenu « protéiforme », il ne serait plus uniquement extérieur mais aurait effectué un « retour spectaculaire vers l’intérieur de la cité ». Et pour couronner le tout, le Liban « au milieu de la tourmente » est fragilisé par la double allégeance du Libanais « à l’État dont il est citoyen et à la juridiction religieuse dont il relève ». Dina Germanos-Besson et Marie-Jean Sauret la rejoignent en abordant la question de l’instabilité politique du Liban qui lui confère un « caractère de vulnérabilité quasi constitutive ». Didier Leroy expose la manière avec laquelle le Hezbollah, « organisation milicienne modeste à l’origine, a pu devenir une force puissante sur le plan régional du Moyen-Orient sans pour autant bénéficier des attributs régaliens de l’État souverain ».

Jacques Keilo nous propose une promenade toponymique dans les dédales de la capitale et Thom Sicking s.j. en répertorie les lieux de culte de toutes les confessions.

Trois notes de lecture trouvent une place dans la dernière section de ce numéro : celle de Sarah Moujaess qui présente le roman de Sabyl Ghossoub Le Nez juif, celle d’Antoine Courban qui recense l’ouvrage de Catherine Nixey The Darkening Age. The Christian destruction of the Classical World, ainsi que celle de Rita Bassil qui revient sur l’engagement exceptionnel de l’essayiste réalisateur juif antisioniste, Eyal Sivan, à partir de ses dernières vidéos, toutes porte-parole « d’énoncés juifs » engagés pour la paix. 

Et parce qu’il y en a vraiment pour tous les goûts, le lecteur trouvera également trois articles d’auteurs. Celui de Nay Soueidy-Chalhoub sur « l’insécurité linguistique », conséquence du bilinguisme ; celui d’Anis Chérif-Alami sur le festival d’improvisation musicale (Irtijal) qui se tient à Beyrouth depuis l’an 2000 ; celui de Mathilde Rouxel sur le cinéma arabe féminin après 1967.

Voisine des revues Esprit et Études, Travaux et Jours bénéficie d’une réputation déjà bien établie. Son dernier numéro contribue à tordre le cou au préjugé qui donne à croire que ces lectures ne sont pas accessibles à un large public et demeurent quelque peu indigestes ; de quoi rassurer les lecteurs qui pourraient être séduits par l’attrait de l’accessibilité.

 
BIBLIOGRAPHIE   
Travaux et Jours : Beyrouth vulnérable et résiliente, no 92, éditions de l’USJ, Printemps 2018, 163 p.
 
 
 
© Patrice Schreyer
 
2018-11 / NUMÉRO 149