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Le clin d'œil de Nada Nassar-Chaoul
Les mots pour le dire


2010 - 04
«Le pronostic vital est engagé. » Il faut quelques minutes au spectateur le plus attentif et le plus lettré pour comprendre le sens de ces paroles prononcées par un présentateur du journal télévisé français décrivant l’état d’une personnalité célèbre en train de crever. Car il ne faut pas s’y méprendre, « mourir » n’est décidément plus à la mode. Déjà qu’il avait été remplacé par « décédé » de facture plus officielle, un terme neutre dont la connotation juridique fait de la mort un simple acte d’état-civil. Dans le registre un peu plus personnalisé, on peut aller jusqu’à annoncer, dans un langage emprunté au monde du travail, qu’Untel « nous a quittés ». Une forme de démission quasi volontaire de l’entreprise (de la vie ?) regrettable – sans plus – eu égard au zèle dont avait fait preuve le « partant » tout au long de sa carrière sur terre. Depuis que les douces et sereines expressions religieuses d’autrefois du genre « il s’est endormi dans la paix du Seigneur » ont disparu, elles ont été remplacées par des formules musclées de type militariste : « il a abandonné le combat » ou encore « il a déposé les armes ». On va même parfois jusqu’à dire qu’il est « passé » (de mode ?) ou encore qu’il est « passé de l’autre bord », ou plus poétique encore, « sur l’autre rive ». L’important étant d’éviter l’acte suprêmement indécent de mourir, décidément politiquement incorrect.

Même la maladie a été « dépassionnée » depuis qu’on l’a transformée en cause. Car désormais, la myopathie est un Téléthon, le sida un ruban rouge, l’autisme un SMS à 1 dollar et le cancer des enfants l’un des dîners les plus glamour de la ville.

On conjure comme on peut.
 
 
 
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