FEUILLETER UN AUTRE NUMÉRO
Mois
Année

2020-04 / NUMÉRO 166   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
CHERCHER SUR LE SITE
 
ILS / ELLES
 
LIVRES
 
IMAGES
 
Au fil des jours...
 
Le clin d'œil de Nada Nassar-Chaoul
Tourisme engagé


2016 - 09
Votre fils vous avait appelée en catastrophe. La fille de son boss français débarquait au Liban pour la première fois après-demain. Et il comptait bien sur sa maman chérie – à l’hospitalité légendaire ajoutait-il mielleusement – pour s’en occuper. Le coup de la flatterie, vous connaissez. Mais la réputation de votre cher pays étant en jeu, vous promettez, la main sur le cœur, de vous occuper de la donzelle et de lui faire découvrir les « merveilles » (même résiduelles) de votre pays natal. Vous rêvez déjà mezzés, restos de montagne au bord de rivières riantes, spectacles folkloriques, festivals et soirées chic sur la plage.

Votre enthousiasme mondain est vite douché par votre fiston. Chloé est là, précise-t-il sévèrement, non pas pour s’amuser, mais en tant que volontaire pour enseigner le français à de petits réfugiés syriens dans un camp au Akkar. Courageusement, vous promettez de l’aider quand même, quoique vous ne sachiez même pas comment arriver à « Foukhar el-Tahta ». 

Arrivant sur un low cost à 3h du matin, Chloé vous annonce qu’elle compte « dormir à l’aéroport pour économiser des sous » et vous demande combien coûte le bus pour « Foukhar el-Tahta ». Malheureuse ! Vous imaginez la jolie blonde en mini-short roulée en boule sur son sac de couchage dans la salle d’arrivée de l’aéroport, sous les regards concupiscents des porteurs et ceux goguenards des officiers de la Sûreté générale. Vous lui proposez un taxi, payé par vous évidemment. Elle est choquée. Elle ne pourrait pas y aller en métro ? Ou en RER ?

Après sa première semaine de camp, vous lui proposez de venir passer le prochain week-end chez vous. Vous voyez débarquer une créature affamée, les cheveux en broussaille, affublée d’un sac d’habits sales et qui aurait visiblement besoin d’un bon bain.
Elle vous affirme cependant que l’expérience était merveilleuse, les enfants adorables – elle vous montre les petits dessins qu’ils lui ont offerts – et le chef de camp, un certain Bilal, très beau.

Et les cours de français ? Heu… elle ne sait plus très bien.

À votre avis, la francophonie ne s’en porte pas mieux.
 
 
© Russell Watkin Department for International Dev
 
2020-04 / NUMÉRO 166