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2017-10 / NUMÉRO 136   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Le clin d'œil de Nada Nassar-Chaoul
Stay connected ! 


2016 - 12
Vous dormez comme une souche auprès de votre auguste époux. La journée a été longue et fatigante. Comme toujours, vous courez dans tous les sens pour tout boucler. Un sort que connaissent toutes les femmes mariées qui travaillent. Pour les consoler de ne plus vivre dolentes comme des courtisanes, on dit d’elles avec un semblant d’admiration qu’elles « gèrent » ou qu’elles « assument »…

Brusquement, le couinement caractéristique de votre portable – qui ressemble, à votre avis, au bruit peu glamour d’un évier qu’on débouche – vous réveille en sursaut. Vous vous levez comme une folle, réveillant sans ménagement votre pauvre époux qui râle haut et fort. Seigneur ! Il est 3 heures du matin ! Pourvu qu’il ne soit rien arrivé à vos chers petits (qui sont en réalité de solides gaillards de plus de 30 ans). N’empêche. Votre imagination galopante et votre pessimisme naturel s’emballent. Vous craignez, à Dieu ne plaise, des choses terribles auxquelles vous ne voulez même pas penser. Vite une prière à la petite Sainte Thérèse, votre sainte préférée, et vous vous décidez à ouvrir votre messagerie.

Pour apprendre une nouvelle ahurissante : le kilo de rôti de veau au supermarché « Au bon prix » est désormais à 10 500 L.L. au lieu de 11 000 L.L. ! Vous en pleureriez de joie. Vous n’auriez certainement pas pu « tenir » jusqu’au lendemain pour connaître cette bonne nouvelle et pour calculer les économies virtuelles que vous allez réaliser. Déjà que vous avez le rôti de veau en horreur. Ce n’est pas bien grave. Car la coopérative du coin, elle, a plus d’un tour dans son sac : le lendemain, elle vous annonce, toujours par message intempestif, que le hachis de bœuf, élément incontournable des farcis de toute cuisinière libanaise qui se respecte est, lui aussi, bradé à 4800 L.L. au lieu de 5000 L.L. !
Même le dimanche, alors que vous vous prélassez paresseusement à la plage sur votre transat, vous êtes sommée, par votre portable, de vous solidariser immédiatement avec les enfants dyslexiques. Vous voulez bien, mais vous ne savez pas comment. La réponse est toujours la même. Des sous, encore des sous. Sous des formes diverses et toujours plus créatives.

Mais le coup de grâce vous est donné par un ancien camarade de promo qui a obtenu, vous ne savez pas trop comment, votre numéro. C’est un irrémédiable jovial qui vous bombarde jour et nuit de blagues d’un goût douteux. Vous vous sentez obligée de répondre par de vagues hihi…

« Stay connected », on vous dit…
 
 
D.R.
 
2017-10 / NUMÉRO 136