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2018-08 / NUMÉRO 146   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Le clin d'œil de Nada Nassar-Chaoul
Le pied marin


2018 - 06
Le bateau était vraiment magnifique. Boiseries lustrées, salon tout confort, vraies chambres à coucher et salles de bain design. Le mobilier était à l’avenant, dans le style marin chic, comme sorti des pages du magazine Yachts & Sailing. Quant au pont avec ses transats aux couleurs de la mer et ses canapés aux tissus bayadère, il était tout simplement parfait, le lieu rêvé pour bronzer lascivement en voguant sur les flots.

Le service à bord n’était pas en reste. Votre copine Chantal, propriétaire de ce bateau de luxe, avait vraiment pensé à tout : au bar, placé sur le pont, officiait un Philippin souriant servant à des créatures ultra-minces, habilement hâlées dans leur bikini échancré, des cocktails multicolores aux noms exotiques d’îles ou d’oiseaux. D’autres serviteurs tout aussi efficaces passaient aux invités des plateaux de bouchées japonaises aux noms imprononçables que les dames saisissaient en faisant clinquer leurs multiples bracelets faussement rustiques.

Vous étiez ravie d’avoir été invitée par l’adorable Chantal à cette croisière de luxe qui devait faire le tour des îles grecques et du littoral de la Turquie. Il n’y a pas à dire, vous faites désormais partie de la jet-set. Pas encore internationale, mais enfin…

Vous vous étiez soigneusement préparée, empilant multiples maillots et paréos, sans compter les lunettes, les chapeaux de paille et les crèmes solaires et post-solaires, sous le regard narquois de votre époux. Au milieu de ces préparatifs fébriles, il avait glissé que vous feriez mieux de vous munir de pilules contre le mal de mer, habituée que vous étiez à passer l’été solidement plantée sur le sol rocailleux de votre Kesrouan natal, plutôt que sur les flots. Vous aviez chassé la suggestion du rabat-joie avec dédain.

Hélas, vautrée, nauséeuse, sur le canapé rayé du pont pendant que le bateau filait à toute vitesse, vous vous demandiez comment les autres pouvaient manger en riant. Quant aux cocktails verdâtres, ils vous soulevaient littéralement le cœur.

C’est sûr, d’ici peu vous finirez votre croisière de luxe dans la cale, à demi soutenue par le Philippin charitable.

Vous ne serez jamais une jet-setteuse. Et vos prochaines vacances, vous les passerez à Dlebta.
 
 
D.R.
 
2018-08 / NUMÉRO 146