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2018-09 / NUMÉRO 147   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Un ami d’enfance


Par Lamia el-Saad
2018 - 02
Après la publication en 2015 de sa riche correspondance cinématographique, voici publiées les lettres de Pagnol à sa famille et à des écrivains de renom dont beaucoup furent ses amis.

Sélectionnée parmi des « lettres inédites issues des placards et des greniers familiaux », cette correspondance révèle l’homme derrière l’artiste, « Marcel à l’ombre de Pagnol ». Et d’autant plus que chez lui, « le littéraire est intime et vice versa ».

Placée dans son contexte, chaque lettre est également disponible en version manuscrite. D’une lettre à l’autre, se dessine le parcours de toute une vie : les débuts difficiles de Pagnol à Paris, les privations, sa générosité qui le poussait à dépenser davantage pour sa famille et ses amis que pour lui-même, ses premiers succès (Topaze et Marius), les critiques négatives, les calomnies, ses amours parfois tumultueuses, la naissance et l’éducation de ses enfants, la maladie de son frère Paul, les rendez-vous médicaux que Marcel prenait pour lui, son opération chirurgicale, son décès, l’amour de Pagnol à sa femme Jacqueline Bouvier, le décès de leur fille Estelle…

L’on y découvre les multiples visages de Pagnol : un fils aimant et respectueux, un frère encourageant et protecteur, un homme épris et amoureux de sa femme, un père tendre et attentionné, un ami soucieux du bonheur et du succès de ses proches… 
L’on y découvre également quelques aspects inattendus de sa vie. Le fait qu’il fut professeur au lycée Condorcet, professeur… d’anglais ! Le fait aussi qu’il se dise « incapable de travailler efficacement à la Treille ». Cette remarque est d’autant plus intéressante que ses pièces et ses livres sur la Provence ne seront pratiquement jamais écrits sur place. « C’est l’absence qui nous révèle nos amours », écrivait-il dans la préface de Marius. 

Fondateur, avec Jean Ballard, de la revue marseillaise Fortunio, il en sera le rédacteur en chef et tentera de l’imposer à Paris, se privant même de nourriture pour payer l’imprimeur. Dans sa correspondance aux rédacteurs de cette revue, il leur reproche leur paresse et leur manque de loyauté ; il finira par démissionner et Fortunio s’appellera Les Cahiers du Sud après son départ.

Si Pagnol n’a évidemment pas pu correspondre avec le Marseillais Edmond Rostand, son « idole littéraire », il a en revanche écrit à bien des auteurs contemporains. Parmi ceux-là, Pierre Benoît, auteur de L’Atlantide, qui partageait avec lui une certaine « inclinaison pour le beau sexe ». Producteur et réalisateur de films, Pagnol réussit à acquérir les droits cinématographiques des romans de Jean Giono : auteur provençal avec qui il n’avait « rien en commun que le génie ». 

Pagnol écrivit également à Marcel Achard, Paul Guth et Philippe Hériat. Toutefois, sa correspondance avec Georges Simenon est bien plus conséquente que les trois précédentes réunies. 

Si la plupart de ces amis furent rencontrés au Fouquet’s, il en est un à part… Albert Cohen, son ami d’enfance à qui il proposera de venir à Paris : « J’ai une superbe chambre d’amis. » À sa mort, Cohen lui rendra hommage dans ses Carnets, pleurant « Marcel Pagnol, le plus aimé, l’unique ami de mon enfance (…). Marcel vivant qui venait vers moi et m’embrassait, Marcel mon rieur bien-aimé, aujourd’hui le plus mort de mes morts (…) et je n’ai plus que ses lettres, ses lettres que j’ai peur de lire… »

Joseph Kessel présentera Pagnol à son neveu, Maurice Druon. Dans sa correspondance, Druon souligne, notamment, le caractère « universel et intemporel » de l’œuvre de Pagnol : « Ce n’est pas de l’encre que tu as dans ton stylo, c’est du soleil ! Et ces tendres Mémoires te font trois cent mille amis d’enfance. » C’est sans doute cela… ce lien si privilégié qui nous relie à Pagnol.


 BIBLIOGRAPHIE
 
Je te souhaite beaucoup d’ennemis comme moi. Correspondances intimes et littéraires de Marcel Pagnol, Robert Laffont, 2017, 359 p.
 
 
 
D.R.
 
2018-09 / NUMÉRO 147