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Entretien
Zeina Saleh Kayali : une pionnière au service de la musique libanaise


Par Georgia Makhlouf
2018 - 11
Poursuivant sans relâche sa mission, celle de faire exister la musique savante libanaise, mission officiellement inaugurée en 2011 par la publication de son ouvrage Compositeurs libanais des XXe et XXIe siècles, Zeina Saleh Kayali vient de faire paraître le cinquième volume de la collection qu’elle a créée aux éditions Geuthner : « Figures musicales du Liban », consacré à Wadia Sabra, éminent compositeur considéré à juste titre comme le père fondateur de la musique savante libanaise. Ouvrage passionnant qui brosse le tableau d’une époque autant que d’un homme, travailleur acharné, engagé au service de la musique et de la vie musicale libanaise et dont le parcours est tout à fait étonnant. 

Le grand public connaît habituellement Wadia Sabra comme compositeur de l’hymne national libanais. Vous soutenez qu’il est bien plus que cela, qu’il est pionnier à plus d’un titre. Pouvez-vous nous expliquer en quoi ? 
Sabra est en effet pionnier dans de nombreux domaines. Avant lui, la musique n’existe qu’à l’état de pratique et la transmission se fait exclusivement en mode oral. C’est Sabra qui introduit l’écriture musicale au Liban. C’est lui qui dote le Liban de sa première école de musique car, avant lui, il n’y a pas de lieu où la musique s’enseigne. C’est encore lui qui écrit le premier opéra Les Deux Rois en 1928, à partir d’un livret en arabe du chorévèque Maroun Ghosn. C’est enfin lui qui est à l’origine de la première et unique revue musicale libanaise, qui va être publiée entre 1910 et 1914 puis disparaître faute de financements. 

Parlons un peu du piano oriental que Sabra tentera de mettre au point. Nous sommes nombreux à connaître le piano oriental de Abdallah Chahine grâce au roman graphique de Zeina Abirached. En quoi celui de Sabra se distingue-t-il ? 
Sabra s’attelle à ce projet, qui nécessitera plusieurs années de travail, entre 1919 et 1922, alors que Abdallah Chahine, qui s’inspirera de la tentative de Sabra, fera fabriquer son piano oriental en 1950. Gustave Lyon, acousticien français, va mettre au point cet instrument avec la gamme au quart de ton dite « gamme arabe » sur la base des travaux de Sabra. L’objectif de Sabra est ambitieux : il veut redonner ses lettres de noblesse à la musique dite « orientale », il veut que l’on cesse de la considérer comme une musique traditionnelle ethnique, il veut lier musique orientale et musique occidentale, parvenir à quelque chose qui serait une musique universelle. 

Parlons de ses rêves donc, et de sa philosophie en matière de musique. 
Sabra est un musicien qui a la double compétence théorique et pratique, mais il est surtout un utopiste. Il voulait que la musique unisse les peuples et souhaitait que la musique arabe renoue avec son passé glorieux, comme au temps de l’Andalousie. 

Évoquons donc pour finir ses archives, ce trésor auquel vous avez eu accès. 
Je raconte dans mon préambule comment je suis entrée en contact avec la famille de W. Sabra et comment j’ai reçu en dépôt au CPML les précieuses archives de W. Sabra qu’on croyait perdues. Cette malle bleue est un trésor national, riche de dizaines de précieux documents qu’il est aujourd’hui possible de consulter et qui peuvent alimenter des recherches de toutes sortes.



BIBLIOGRAPHIE
Figures musicales du Liban : Wadia Sabra de Zeina Saleh Kayali, postface musicologique de Saif Ben Abderrazak, texte arabe de Dima Rifaï, Geuthner, 2018, 295 p.

Zeina Saleh Kayali au Salon :
Table ronde « Wadia Sabra, père fondateur de la musique savante », le 5 novembre à 17h30 (salle 2 – Aimé Césaire)/ Signature de Figures musicales du Liban : Wadia Sabra à 18h30 (Geuthner).
 
 
D.R.
 
2018-11 / NUMÉRO 149