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Découverte
Le monde, vu du British Museum


Par Jean-Claude Perrier
2018 - 12


Brillant et atypique historien de l’art, à l’origine spécialiste de la peinture française du XVIIIe siècle, l’Écossais Neil MacGregor, né à Glasgow en 1946, a été directeur de la National Gallery de Londres, de 1987 à 2002, puis directeur du British Museum, de 2002 à 2015. « Une chance inouïe », commente-t-il. Et d’expliquer la spécificité des musées britanniques : « Nos musées sont autonomes. Ce sont leurs trustees, leurs conseils d’administration, qui choisissent les directeurs. Il n’y a pas de concours, comme en France. Donc, le recrutement peut se faire de façon plus large. »

Au fil de sa carrière, il a beaucoup voyagé, notamment au Moyen-Orient, et se félicite de l’ouverture récente, dans « son » musée, de nouvelles salles consacrées au monde islamique, section dirigée par trois conservatrices originaires de la zone. Il connaît bien le Liban, notamment le Musée national de Beyrouth, « magnifique, sauvé du désastre de la guerre par des collègues admirables de courage ». Et il participe à un chantier de fouilles britanniques à Saïda, près du port. « Dans cette grande cité phénicienne, on a pu attester de mouvements de populations et d’objets dès le IIIe millénaire avant Jésus-Christ. »

Lorsqu’il était directeur du British Museum en 2010, Neil MacGregor a mené à bien un projet exceptionnel, en partenariat avec la BBC Radio 4 qui consiste à diffuser la série Une Histoire du monde en 100 objets, 100 épisodes organisés par séries thématiques de cinq, par ordre chronologique depuis le biface d’Olduvai, trouvé en Tanzanie et vieux de plus d’un million d’années, jusqu’à une lampe à énergie solaire et son chargeur, fabriqués à Shenzen, en Chine, en 2010, tous choisis dans les collections du British Museum et représentant toutes les civilisations. « Ni le Metropolitan de New York, ni le Louvre, ni aucun autre grand musée au monde, explique MacGregor, ne pourrait faire pareil, parce que ce sont des musées d’art. Leurs collections ne couvrent pas tout le champ de l’activité humaine, ni toute son histoire. Le British, lui, est un musée de société. C’est ainsi qu’il a été conçu dès le XVIIIe siècle, par notre Parlement. C’est un musée civique, qui appartient à tous les citoyens, et traite du comment vivre en société, des origines à nos jours. Le téléphone portable ou la carte de crédit y ont leur place, comme la pierre de Rosette. »

Parmi les objets présentés, commentés à la radio par des spécialistes venus du monde entier, il en choisit un pour nous, la première monnaie islamique. Des dinars en or d’Abd al-Malik, frappés à Damas en 696-697, et à l’effigie du calife. Et remarque : « Ces pièces témoignent, pour la première fois, de la création d’un État islamique supranational, qui place Dieu au-dessus de tout, notamment des nations. C’est un concept difficile à percevoir, notamment dans un pays aussi centralisé et administré que la France. Ce genre d’objet nous permet, bien sûr, de comprendre le monde d’aujourd’hui. C’est ça, aussi, la raison d’être du British Museum, tel que les Lumières l’ont voulu. »

La série radiophonique a été diffusée avec un succès triomphal et un livre en a été tiré, paru en 2010 chez Penguin Books, lequel nous parvient aujourd’hui en français. L’avantage, par rapport à la radio, c’est que l’on voit les 100 fameux objets, abondamment photographiés dans chaque chapitre. C’est absolument passionnant, peut se lire dans son déroulé chronologique comme un manuel d’histoire, mais on peut aussi y flâner dans le désordre, exactement comme dans les salles d’un musée. Joliment édité, ce gros livre peut être le cadeau idéal pour Noël, à offrir en particulier aux jeunes générations, lesquelles, dit-on, sont souvent fâchées avec l’histoire.


BIBLIOGRAPHIE 
Une Histoire du monde en 100 objets de Neil MacGregor, traduit de l’anglais par Pascale Haas, Les Belles Lettres, 2018, 860 p.
 
 
 
D.R.
 
2018-12 / NUMÉRO 150