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2018-10 / NUMÉRO 148   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Bande dessinée
Montgomery et son double


Par Ralph Doumit
2017 - 12


Jean Harambat est un jeune auteur remarqué en 2014 lorsqu’il avait alors proposé, aux éditions Actes Sud BD, Ulysse, les chants du retour, variation sur le thème du retour à Ithaque du héros homérique. Le récit avait la densité dramaturgique des mythes, tout en étant servi par la fraîcheur et la légèreté d’un dessin qui devait autant à Ronald Searle qu’aux productions de l’UPA, studios d’animation des années 50.

Trois ans plus tard, Jean Harambat publie un nouveau récit aux éditions Dargaud. Il puise cette fois-ci dans un épisode savoureux de la Seconde Guerre mondiale. En 1944, le service de contre-information de l’armée britannique convoque deux soldats : Peter Ustinov et David Niven, acteurs dans le civil. Le duo se voit confier une mission pour le moins cocasse : trouver un acteur de seconde catégorie, inconnu du grand public et le former pour devenir le parfait sosie du maréchal Bernard Montgomery. L’idée est simple : l’acteur, que l’ennemi devra prendre pour le maréchal, sera envoyé en Afrique du Nord, faisant croire à la préparation d’un débarquement au Sud, tandis que le véritable Montgomery met au point secrètement la véritable offensive au Nord. L’acteur choisi se nomme M.E. Clifton-James, et la mission portera le nom de code : Opération Copperhead, qui donne son titre à l’album.

La préparation de cette mission connaît autant de hauts que de bas, d’enthousiasme que de découragement, de plans soigneusement échafaudés que de ratages en bonne et due forme. Harambat en tire un récit truculent, s’accordant vis-à-vis de la réalité toutes les libertés du metteur en scène. Nous voici plongés dans une histoire digne des comédies américaines de la moitié du XXe siècle. Au fur et à mesure que les personnages et leurs travers sont campés, le flot humoristique prend son rythme de croisière, puisant dans les codes de genres divers. Il faut dire que l’auteur avait à disposition tous les ingrédients pour créer un cocktail réjouissant : espionnage, action, costumes, suspense et ce qu’il faut d’amour. Il joue également de ce contraste qui prête à sourire entre hauts faits de guerre collectifs et lamentables travers individuels.

Harembat a pris un plaisir palpable à l’écriture des dialogues : usant du langage sophistiqué et coloré des hauts gradés, il s’adonne au jeu des phrases percutantes et du sens du répondant, se permettant d’être bavard jusque dans les scènes où l’action imposerait le silence.

Les véritables Peter Ustinov, David Niven et M.E. Clifton-James, marqués par cet épisode de leur carrière militaire ont chacun relaté l’anecdote, dans trois autobiographies desquelles Jean Harembat ne se prive pas de puiser, entrecoupant son récit de citations tout droit sorties de leurs textes. Leur ton, amusé, démontre s’il le fallait qu’Harambat, en choisissant le registre de la comédie, a finalement été fidèle à cet épisode qui, malgré le danger, dénotait par sa drôlerie au milieu de l’horreur de la guerre.
 
BIBLIOGRAPHIE 
Opération Copperhead de Jean Harambat, Dargaud, 2017, 178 p.

 
 
 
2018-10 / NUMÉRO 148