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2018-09 / NUMÉRO 147   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Bande dessinée
Blutch revisite les classiques


Par Ralph Doumit
2018 - 02


L’édition 2018 du festival international de la bande dessinée d’Angoulême, rendez-vous annuel phare du neuvième art, touche à sa fin. Chaque année, un auteur est récompensé pour l’ensemble de sa carrière. En 2009, le Grand Prix était attribué à Blutch, dont l’œuvre, protéiforme, navigue entre fiction, humour introspectif et livres de dessins, sur une ligne exigeante et sophistiquée.

La bande dessinée, Blutch y est venu par la lecture fascinée des classiques. Dans l’album qui parait aujourd’hui aux éditions Dargaud, Variations, il propose un retour sur ces lectures formatrices. Le long d’une trentaine de planches uniques, Blutch revisite, en les redessinant, des extraits d’albums d’Hergé, Jacques Martin, Crepax, Fred, Goossens, Uderzo, Jigé, Morris et bien d’autres.

C’est un peu l’équivalent de l’élan qui pousse les enfants à poursuivre les histoires qu’ils ont lues, leur en inventer une suite pour faire durer le plaisir, mais en version introspective. Au lieu de les prolonger, Blutch ressasse les scènes et les albums lus, les questionne, s’y frotte, en extrait l’essence, leur oppose son expérience du métier et les pare ensuite d’un habit nouveau.

Dans son texte introductif, Blutch propose pour comprendre sa démarche l’image des reprises de chansons pop par des musiciens de jazz. Il y a de ce dialogue-là dans ce livre atypique. Les variations de Blutch sont unifiées par son trait, ses traces d’encre sèche et le choix systématique du noir et blanc. Pourtant, chaque page semble obéir à une logique narrative différente, qui tient autant de l’auteur des planches originales que de la réponse que Blutch apporte aux questions que ces planches éveillent en lui.

En y apposant son trait sans concession, Blutch met parfois en lumière des facettes inattendues des textes des scènes qu’il redessine, jusque-là dissolues sous les apparats de la bande dessinée classique grand public. La reprise d’une planche de l’album Lorix le Grand de la série Alix de Jacques Martin est à ce titre très parlante. Si on se rappelle de Jacques Martin comme d’un des auteurs emblématiques de la période classique du journal Tintin, on oublie parfois que ses histoires dépeignent une antiquité crue, des personnages ambigus et des situations troublantes. Le dessin de Blutch le souligne plus que jamais.

Une impression étrange ressort de la lecture de Variations, car deux énergies semblent s’y disputer. D’un côté, tout est fait pour placer le lecteur dans une situation cérémonieuse de visiteur d’exposition : le format est ample, des pages blanches séparent chaque planche, les références des planches originales sont apposées tels de petits cartels et une introduction réfléchie et théorisante inaugure l’album pour en donner les clés de lecture. Mais en contrepoids à cette élégante présentation, l’énergie brute des planches donne le sentiment d’un combat âpre, vivant, jamais fixé, dont le résultat est ainsi, mais aurait pu être tout autre.


 
 BIBLIOGRAPHIE
Variations de Blutch, Dargaud, 2017, 64 p.
 

 
 
 
2018-09 / NUMÉRO 147