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2019-11 / NUMÉRO 161   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Bande dessinée
Premiers émois, premier amour


Par Ralph Doumit
2019 - 09


Il y a de cela une année, François Morel publiait C’est aujourd’hui que je vous aime, roman qui revient sur ses premiers amours et émois d’adolescents. Il fait aujourd’hui appel à son complice et ami Pascal Rabaté (qui illustra les affiches de certains de ses spectacles) pour adapter le récit en bande dessinée.

L’album s’ouvre sur une invitation à écouter le son d’un nom : Isabelle Samain, supposé à lui seul plus mélodieux, aux oreilles amoureuses, que les vers d’Hugo ou de Corneille.

Si Pascal Rabaté met un visage à Isabelle Samain et en fait ainsi un individu identifiable, on devine bien vite que l’album parle de toutes les Isabelle Samain et de tous les adolescents qui, à cet âge troublé, tombent amoureux sans vraiment connaître l’être aimé. Tout d’honnêteté, le récit de C’est aujourd’hui que je vous aime jette la lumière sur les maladresses des jeunes garçons : non pas des maladresses à la Gaston Lagaffe mais bel et bien des maladresses de comportement. Car c’est à cet âge-là que tant de choses se jouent dans notre rapport au monde. Lorsqu’on découvre l’autre sexe, comment allons-nous interagir avec lui ? Et si l’on se trompe d’attitude dans nos élans, comment en prendre conscience et rectifier le tir ? 

Dans le dosage entre tendresse, facétie et provocation, on retrouve dans le texte de l’album des réminiscences de Georges Brassens. Pas étonnant venant de François Morel qui, l’an dernier, avait épaulé le chanteur Alexis HK dans l’écriture d’un spectacle d’hommages et reprises des chansons de tonton Georges.

Chroniqueur radio, Morel est habitué à dépeindre le quotidien et à relever ce qui fait le sel d’une époque. Ses interventions sur les ondes, écrites avec maîtrise, récitées avec malice, sont avant tout chargées d’affection. Ici, il nous replonge dans les années Pompidou/Giscard, durant lesquelles, bien loin des communications instantanées d’aujourd’hui, les amours étaient faites de longues pensées solitaires.

Pascal Rabaté est une figure marquante de la bande dessinée de ces deux dernières décennies, liée à une génération à laquelle on peut associer ses collègues et amis David Prudhomme ou Etienne Davodeau. Après s’être illustré par une adaptation magistrale en quatre tomes d’Ibicus, roman d’Alexis Tolstoï, il offre depuis, souvent aux éditions Futuropolis, des albums plus proches des réalités sociales contemporaines, de La Marie en plastique à La Déconfiture en passant par Le Petit Rien tout neuf avec un ventre jaune. Sur le texte de Morel, il propose aujourd’hui un trait juste et élégant, dont la poésie ne semble tenir que sur une fragile intuition. Aérien, il permet au récit de respirer et de ne jamais poser trop lourdement les pieds sur terre.

La trouvaille qui consiste à accompagner dans un grand nombre de séquences le personnage principal par des doubles fantomatiques appuie l’idée d’un âge adolescent bouillonnant, durant lequel on n’est pas encore figé dans une identité ni un tempérament. Un pas de côté, un décalage par rapport au réel qui participe à faire de cet album un récit hors du temps et atemporel.

 
 
 BIBLIOGRAPHIE 
C’est aujourd’hui que je vous aime de François Morel et Pascal Rabaté, Les Arènes, 2019, 72 p.

 
 
 
 
2019-11 / NUMÉRO 161