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2019-10 / NUMÉRO 160   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Beaux-Arts
La Turquie, millefeuille de civilisations


Par Jean-Claude Perrier
2019 - 10
Si l’on cherche à expliquer l’inspiration et l’œuvre d’un artiste par ses origines, alors avec Ferrante Ferranti tout est limpide. Né en Algérie en 1960, dans une famille sicilo-sarde, le petit Ferrante a dû jouer, enfant, sur les sites sublimes de Tipasa ou de Timgad. Comme le jeune Albert Camus en son temps. D’où sa passion des ruines, confortée par ses études d’architecture. Devenu photographe, même si son travail ne se résume pas à cela, il s’est fait une spécialité de visiter les pays du bassin méditerranéen, la mare nostrum des Romains, afin d’en explorer méticuleusement le patrimoine archéologique, de le mettre en valeur. Pour le raconter, Ferrante Ferranti a longtemps travaillé en osmose avec l’académicien Dominique Fernandez, dont il a orné tous les livres de voyages. Pour le présent ouvrage, Voyage en Turquie antique, il a fait appel à des spécialistes : l’archéologue Jacques des Courtils, normalien, ancien élève de l’École française d’Athènes, et Sébastien de Courtois, directeur de l’Institut français de Turquie et producteur de l’émission Chrétiens d’Orient sur France Culture. Ce qui explique sans doute que leur ouvrage s’achève sur des ruines d’églises et de monastères de l’époque byzantine, avant l’arrivée des Ottomans et la prise de Constantinople en 1453.

Car ce qui frappe concernant la Turquie, comme d’autres pays méditerranéens, c’est ce télescopage des civilisations, ce millefeuille de couches archéologiques qu’elles ont laissées. De Troie à Byzance, pour simplifier, ce sont près de 3 000 ans d’histoire qui défilent, avec leur cycle habituel : conquête, installation, construction, apogée, invasions, destruction, déclin. Le voyage de Ferranti ne couvre pas tout ce spectre, il ne remonte par exemple pas jusqu’à Troie. Impossible d’être exhaustif, face à tant de richesses. Mais il met en valeur neuf sites des antiques Anatolie et Cappadoce, de Pergame (là où fut inventé le parchemin) à Hiérapolis, en passant par quelques colonies grecques d’Asie mineure (Didymes, ou Priène plus brièvement), ou encore des sites romains, parmi les plus beaux qui nous aient été légués : Milet, Ephèse ou Aphrodisias.

Mêlant la couleur, et même quelques croquis de reconstitutions à l’aquarelle dus au dessinateur Jean-Claude Golvin, avec de magnifiques photos en noir et blanc sans doute prises à l’argentique, d’où un grain incomparable – par exemple dans le portfolio lapidaire de la fin, où les statues romaines crèvent littéralement la page pour reprendre vie, ressusciter – Ferrante Ferranti a réussi un très beau livre, dans la lignée de celui sur son Algérie natale (Voyage en Algérie antique, Actes Sud, 2013).

 
 
 
BIBLIOGRAPHIE  
Voyage en Turquie antique, photographies de Ferrante Ferranti, textes de Jacques des Courtils et Sébastien de Courtois, aquarelles de Jean-Claude Golvin, Actes Sud, 2019, 224 p.
 
 
Didymes © Ferrante Ferranti
 
2019-10 / NUMÉRO 160