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Raymond Khoury, autopsie d’un succès
Architecte reconverti dans la finance, Raymond Khoury a longtemps rêvé d’une carrière de metteur en scène. Il est devenu écrivain. Avec Le dernier Templier, vendu à plus de trois millions d’exemplaires, ce Libanais établi à Londres est très vite entré dans le cercle fermé des auteurs de best-sellers.

Par Lucie GEFFROY
2006 - 12
Lui-même dit avoir du mal à y croire. Lorsque, l’été dernier, perdu avec sa famille au fin fond d’une île grecque, Raymond Koury a aperçu son roman Le dernier des Templiers sur l’étagère d’un petit troquet, il a ressenti « un mélange d’incrédulité et de grande satisfaction ». « Je n’aurais jamais imaginé que mon roman puisse devenir un best-seller ! » explique-t-il dans un français émaillé d’anglicismes et prononcé avec un léger accent british. Né à Beyrouth en 1960 dans une famille anglophone, Raymond Khoury vit et travaille à Londres depuis qu’il a quitté le Liban en 1983. Sorti en début d’année aux États-Unis, The Last Templar a empilé les superlatifs : douze semaines d’affilée sur la liste des best-sellers du New York Times, numéro 3 des ventes sur Amazon, vendu à plus de trois millions d’exemplaires dans le monde entier, traduit dans une vingtaine de langues – dont le français depuis octobre dernier, etc. De quoi s’agit-il ? The Last Templar, écrit en anglais, est un thriller historique proposant une énième variation sur le thème des Templiers et de leur trésor mirifique qui se serait perdu... un vendredi 13 de l’année 1307.

Un soir, lors d’un vernissage au Metropolitan Museum de New York dans l’Amérique post-11 septembre, où sont  exposés les trésors du Vatican, quatre cavaliers en costume de Templier viennent semer la terreur au milieu des smokings et des bulles de champagne. L’un d’eux dérobe un encodeur à rotors, cryptographe poussiéreux oublié depuis des siècles... Reilly, agent du FBI, et Tess, une jeune archéologue intrépide, vont alors tenter d’établir les liens entre l’histoire des Templiers et le hold-up du Metropolitan Museum. Mystère, complot, danger pour la chrétienté, tous les ingrédients du roman ésotérico-policier sont réunis dans Le dernier Templier  qui s’inscrit ainsi dans la galaxie foisonnante des best-sellers à la Da Vinci Code. Sauf que, comme Raymond Khoury aime à le rappeler (« ironically »), l’idée de son roman lui est venue bien avant le succès planétaire de Dan Brown. Au départ, Le dernier Templier devait être un scénario de film. Il y a dix ans, Raymond Khoury, diplômé d’architecture reconverti dans la finance, décide de renouer avec une passion de l’adolescence : le cinéma. « J’ai toujours été très sensible à l’aspect visuel des choses. Secrètement, je rêvais de devenir un jour metteur en scène. Pour cela, il fallait d’abord que je perce en tant que scénariste. » Suite à la rencontre aux Bahamas, en 1994, d’« un banquier ayant des liens avec Hollywood », Raymond Khoury s’inscrit à un stage de « story teller » et se lance dans l’écriture de scénarios. Plusieurs mois et quelques prix du meilleur scénario plus tard, il commence à se rapprocher du cercle des scénaristes préposés aux blockbusters. Après un week-end en France où un ami féru d’histoire le convainc d’écrire sur le thème des Templiers, il se plonge dans la mythologie de ces célèbres moines soldats du Moyen Âge et écrit, début 1996, un scénario de 150 pages intitulé Le dernier Templier. Son agent soumet le scénario à des personnalités influentes dans le milieu de l’ « entertainment » à Los Angeles et très vite, un grand éditeur américain lui propose d’en faire un best-seller. « Le deal, c’était que l’histoire soit réécrite par un “ghost writer” (un nègre) – après quoi je serais chargé de l’adapter en film. On me prédisait que les plus grands cinéastes se battraient pour racheter les droits du livre. Le problème, c’est que les Américains voulaient que je supprime toute la partie liée à la religion pour privilégier le côté chasse au trésor. C’était hors de question. J’ai refusé tout en sachant que je signais la fin de ma carrière à Hollywood  qui n’avait même pas commencé. » Pendant que le manuscrit dort sagement sur le disque dur de son ordinateur, Raymond Khoury poursuit à Londres son activité de scénariste pour des séries TV ou émissions de divertissement. Quelques années plus tard, en 2000, poussé par des proches, il choisit de reprendre son scénario pour en faire un roman. Quatre ans plus tard, il en termine l’écriture dont on comprend mieux pourquoi elle est autant contaminée par l’approche cinématographique (grand public) : chapitres courts et enlevés, péripéties à l’appel, absence d’ellipses, dialogues téléphonés, personnages caricaturaux de série B, etc. « En mars 2005, le livre est publié à quelques centaines d’exemplaires en Angleterre grâce à un ami éditeur. Le bouche-à-oreille fonctionne si bien que rapidement, les plus grandes maisons d’édition internationales rachètent les droits du livre et lui font une pub monstre », raconte Raymond Khoury. Vous connaissez la suite. Sans compter qu’entre-temps, le succès du Da Vinci Code avait creusé l’appétit des lecteurs pour les thrillers historiques.

Flatté par le succès de son roman, Raymond Khoury se dit satisfait de le voir distribué au Liban, pays avec lequel il dit entretenir un lien douloureux. « L’idée du Liban me hante. J’y pense tous les jours. J’imagine souvent à la vie que j’aurais pu avoir si j’étais resté là-bas entre le calme de la Méditerranée et l’effroi des guerres ». Quand on l’interroge encore une fois sur l’opportunité d’un livre consacré aux Templiers (Umberto Ecco n’affirme-t-il pas que le meilleur indice pour savoir si quelqu’un est fou, c’est que tôt ou tard il met la question des Templiers sur le tapis ?), Raymond Khoury répond que, pour lui, l’important résidait dans le fait d’évoquer la déconnexion de la religion par rapport au monde moderne.

Aujourd’hui, en nouvel auteur de best-seller qu’il est devenu, Raymond Khoury travaille à l’écriture d’un deuxième thriller historique sur le thème de l’immortalité qui sera publié à l’automne prochain. Il ne peut pas encore en révéler le contenu précis, mais confie qu’il contiendra un petit clin d’œil à sa ville natale, Beyrouth. En signe de fidélité.




 
 
© Jerry Bauer / Opale
« J’ai toujours été très sensible à l’aspect visuel des choses. Secrètement, je rêvais de devenir un jour metteur en scène  »
 
BIBLIOGRAPHIE
Le dernier Templier de Raymond Khoury, Presses de la cité, 2006, 452 p.
 
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