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2020-01 / NUMÉRO 163   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Portrait
Dan Brown, un succès censuré
Avec quarante millions d’exemplaires vendus et des traductions dans quarante-quatre langues, le succès de Da Vinci Code est incontestable. Alors que l’adaptation de ce roman sulfureux sort dans les salles de cinéma, se pose la question de sa censure au Liban.

2006 - 07

Dan Brown est né en 1964 à Exeter, une petite ville sur la côte Est des États-Unis, d’une mère musicienne et d’un père professeur de mathématiques. Après des études de Lettres et d’art à l’Amherst College et à la Phillips Exeter Academy, il compose des textes de chansons à Hollywood. L’une d’elles est d’ailleurs reprise pour les Jeux olympiques d’Atlanta. Il épouse Blythe, une jeune femme spécialisée dans l’histoire de l’art, qui lui transmet la matière de ses futurs romans. En 1995, il devient professeur d’anglais et d’histoire de l’art, à l’université Phillips Exeter. Il est alors le témoin, sur le campus, de l’arrestation par les services secrets américains d’un étudiant qui, pour s’amuser, évoque dans un mail l’assassinat du président Bill Clinton. Impressionné par l’extraordinaire capacité des agences de renseignements à surveiller et observer les individus, il écrit alors son premier roman, paru sous le titre de Digital Fortress, une histoire au cœur de la National Security Agency. Après un thriller politique intitulé Deception Point, sorti récemment en France, il publie Anges et Démons, une enquête menée par Robert Langdon, professeur américain spécialisé dans la symbolique religieuse, au cœur du Vatican. En 2003,  Da Vinci Code lui assure une renommée mondiale. Il est même nommé par Time Magazine parmi les 100 personnes les plus inflentes au monde (the World’s 100 Most Influential People) ! Fort de son succès, Dan Brown, qui écrit également pour plusieurs revues dont Newsweek et The New-Yorker, a déjà l’idée d’une douzaine de romans mettant Robert Langdon aux prises avec les grands mystères de l’humanité. La suite de Da Vinci Code doit se passer aux États-Unis et aura pour sujet la franc-maçonnerie. Le titre de ce futur best-seller ? La Clé de Salomon.

Une œuvre contestée
Que raconte le best-seller de Dan Brown, Da Vinci Code ? Le livre commence comme un polar : le conservateur du Louvre est retrouvé assassiné au beau milieu de son musée dans une position singulière. Entièrement nu, bras et jambes écartés, entouré de pictogrammes étranges, le cadavre évoque L’Homme de Vitruve, le célèbre dessin de Léonard de Vinci. L’enquête révèle rapidement que cette mise en scène n’est pas le fait de l’assassin mais qu’elle a été voulue dans un dernier sursaut par la victime elle-même, qui cherche par ce moyen à transmettre un message. Le professeur Robert Langdon, éminent spécialiste de l’étude des symboles, est aussitôt appelé au Louvre. Avec l’aide de la cryptologue Sophie Neveu, il va mener l’enquête de pour percer le mystère... Ce thriller ésotérique prétend, entre autres, que Jésus aurait eu une liaison avec Marie-Madeleine et que leur descendance aurait pu constituer la dynastie des Mérovingiens (!). Ce « secret » aurait été transmis de génération en génération par la société cachée du Prieuré de Sion dont Léonard de Vinci aurait fait partie. Ce dernier aurait dissimulé dans ses toiles des indices démontrant l’existence de cette société secrète... Les avis sur ce livre sont mitigés : certains reconnaissent le talent romanesque de l’auteur qui tient son lecteur en haleine de la première page à la dernière, d’autres considèrent Da Vinci Code comme un recyclage romanesque d’ouvrages éculés. D’autres, enfin, reprochent à Dan Brown sa lecture éhontée des Ecritures et son interprétation tendancieuse de l’œuvre de Léonard de Vinci. Plusieurs livres en France et aux États-Unis ont été publiés dans le sillage de Da Vinci Code afin de corriger les erreurs qu’il comporte et remettre les pendules à l’heure. Quoi qu’il en soit, l’impact de ce livre a été considérable : le Louvre et l’église du Saint-Sulpice, évoqués par Dan Brown, ont suscité l’engouement du public. Des visites touristiques ont même été organisées : au prix de 2 300 dollars, vingt mille lecteurs-détectives sont spécialement venus des États-Unis pour inspecter les lieux ! Au Liban, fait rare, Da Vinci Code a été interdit quelques mois après sa sortie en français, alors que lors de sa publication dans sa version originale, il n’avait ému personne...

Le film
Sorti dans les salles le 17 mai dernier, le film Da Vinci Code tiré du livre et produit par Sony Pictures, a été réalisé par le cinéaste Ron Howard avec Tom Hanks, Jean Reno et Audrey Tautou dans les principaux rôles. Commencé le 30 juin 2005 à Paris, le tournage de ce film s’était terminé le 19 octobre en Angleterre. Fait exceptionnel, le gouvernement français a autorisé l’équipe du film à effectuer les prises de vue à l’intérieur du Louvre ! Présenté hors-compétition en ouverture du 59e Festival de Cannes, le film n’a pas vraiment séduit les critiques. Sa sortie a même été perturbée dans plusieurs pays : une association chrétienne sud-coréenne a  déposé une requête devant un tribunal de Séoul pour essayer d’empêcher la sortie du film, affirmant qu’il souille la sainteté de Jésus-Christ et pervertit les faits. « Le Da Vinci Code est un film qui déprécie et essaie de détrui-re la chrétienté», a déclaré le pasteur Hong Jae-chul, du Conseil chrétien de Corée, qui comprend une soixantaine de groupes protestants coréens. Au Liban, la Sûreté générale a confirmé l’interdiction de projeter le film dans nos salles, en partant du principe que si le livre est interdit, son adaptation cinématographique doit l’être également...

 

L’avis d’Alain Noël

Directeur des Presses de la Re-naissance, essayiste, Alain Noël est l’un des grands spécialistes des questions théologiques. Il a publié, entre autres, Les Démons de Dan Brown.

Vous avez écrit ou édité des livres très critiques à l’égard de Dan Brown. Approuvez-vous l’interdiction au Liban de son roman Da Vinci Code ?

Pas du tout. C’est une démarche antipédagogique et antimoderne ! Voyez l’attitude de l’Église de France, elle est très intéressante : elle a considéré que cette affaire est, pour les chrétiens, une opportunité pour réaffirmer l’énoncé de leur foi. L’interdiction est absurde : d’une part, elle donne envie de lire le roman à ceux qui ne l’ont pas encore lu ; d’autre part, elle remet l’Église dans une position de « censeur » qui a été abandonnée depuis longtemps. Dans la première épître de Pierre, on peut lire ce verset révélateur : « N’ayez d’eux aucune crainte et ne soyez pas troublés... Soyez toujours prêts à justifier votre espérance devant ceux qui vous en demandent compte. » (3, 14-15). Voilà la bonne attitude à adopter !

Le livre vous paraît-il dangereux ?
 
Sans doute. C’est même un livre « démoniaque », une entreprise de sape de la foi. Il vise à semer le trouble dans les esprits. Ce qui me gêne surtout, c’est l’avertissement qui figure au début du roman : « Toutes les descriptions de monuments, d’œuvres d’art, de documents et de rituels secrets évoqués sont avérés », alors que toutes les thèses avancées dans le livre sont fausses ! Ce qui est également dangereux, c’est qu’il s’agit d’un roman. Or, le roman est plus puissant qu’un essai.

Ce travail de sape de la foi est-il délibéré ?

Honnêtement, je ne le crois pas. Rien ne prédestinait ce livre à rencontrer le succès.

En tant qu’éditeur, auriez-vous publié Da Vinci Code ?

Non. Car il cherche à troubler toute une génération de chrétiens qui va croire que l’Église leur cache la vérité. Mais, je le répète, c’est en éduquant les jeunes qu’on combat ce livre, pas en l’interdisant !

Et le film ?

Ce qui m’étonne, c’est que le livre, à sa parution, n’a pas suscité autant de protestations que le film. C’est comme si les gens réagissaient davantage à l’image en pensant, à tort, qu’un film a une force de conviction plus importante qu’un livre !

 
 
D.R.
« Da Vinci Code est un film qui essaie de détruire la chrétienté » « L’interdiction du livre est antipédagogique et antimoderne ! »
 
2020-01 / NUMÉRO 163