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2017-03 / NUMÉRO 129   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Biographie
Andrée Chedid intime


Par Fifi Abou Dib
2016 - 11
Professeur de lettres françaises à l’Université libanaise, spécialiste de littérature francophone et de littérature féminine, Carmen Boustani est aussi une analyste de l’œuvre d’Andrée Chedid dont elle fut proche. À l’heure où le Salon du Livre de Beyrouth rend hommage à Chedid, Carmen Boustani publie chez Flammarion une première biographie de l’auteure franco-égyptienne d’origine libanaise, décédée le 6 février 2011, à Paris, des suites de la maladie d’Alzheimer. 

« Il s’agit d’un don, écrit Boustani dans sa postface. Le don d’avoir obtenu de son vivant son accord d’écrire un livre sur l’interaction entre sa vie et son œuvre. » Pour rédiger cette biographie, Boustani a consulté une foule de documents mis à sa disposition notamment par le mari d’Andrée Chedid, Louis Antoine Chedid, et par sa fille Michèle Koltz Chedid. Très présente dans cet ouvrage où l’analyse littéraire est disposée en miroir avec les épisodes de la vie de la romancière et où un langage universitaire et didactique se superpose au récit de l’intime, Boustani livre un texte rythmé à la manière d’une symphonie, où l’avant-propos est intitulé « Prélude » et les chapitres numérotés par « Mouvement(s) ». La postface, enfin est un « Final », suivi d’une trentaine de pages comprenant notamment un entretien avec Andrée Chedid.

Dans le premier Mouvement : « Vivre », Boustani raconte sa rencontre avec Chedid, en 1982. On y apprend que Chedid n’aimait pas les fleurs coupées, s’habillait le plus souvent en bleu, préférait les intérieurs dépouillés, était la fille d’Alice, femme d’une grande beauté qui épousa le célèbre cardiologue, philosophe et spiritualiste Roger Godel après son divorce d’avec le père de la romancière. Au fil de l’ouvrage, on apprend aussi qu’Andrée a passé son adolescence en pensionnat, en Égypte, partagée qu’elle était entre son père et sa mère. Elle épousera par amour, voire par coup de foudre, son cousin Louis Chedid. Pour l’anecdote, elle avait subi une rhinoplastie réussie, semblait très consciente de son image, et à la faveur d’un chèque que lui avait donné son mari pour l’un de ses anniversaires, s’était offert une concession au cimetière Montparnasse où elle est aujourd’hui enterrée. On apprend par ailleurs qu’Andrée Chedid adorait la danse et peignait à ses heures perdues, détails intéressants pour la lecture de son œuvre. Mais c’est évidemment l’écriture qui demeurera son outil d’expression le plus naturel, dominée par la poésie qu’elle abandonnera avec la maturité, mais qui continuera à marquer son style. Chedid était aussi bibliophile et avait réalisé des livres d’art, notamment en collaboration avec l’artiste Javier Vilato. Dans l’entretien publié en fin d’ouvrage, elle confie à Carmen Boustani commencer ses textes à partir d’une image, écrire par jets, et à partir du « magma » ainsi obtenu, donner forme à « l’argile » des mots. 
De son enfance égyptienne, nous apprend la biographe, Chedid gardera une grande compassion pour le petit peuple et ses femmes enferrées dans les traditions (Le Sixième jour, L’Enfant multiple), ainsi qu’une fascination pour les mythes pharaoniques, la certitude de la mort, le désir de se survivre et le pouvoir de l’amour (qui justifie le sous-titre de Boustani), ce qui expliquerait sa prédilection pour les scénarios catastrophes, séismes, crimes, accident d’avion (L’Autre, Le Survivant). 

Hormis ses conférences et entretiens, et mises à part les adaptations cinématographiques de ses œuvres, notamment Le Sixième Jour, par Youssef Chahine, et L’Autre, par Bernard Giraudeau, Andrée Chedid aura au total publié plus d’une cinquantaine d’ouvrages, entre romans, récits, essais, nouvelles, théâtre et recueils de poèmes, ce qui est considérable. Et si Carmen Boustani est sa première biographe, il ne faut pas perdre de vue cette autobiographie en creux, émouvant hommage de Chedid à sa mère, que sont Les Saisons de passage (Flammarion, 1998).

 BIBLIOGRAPHIE
 
Andrée Chedid : l’écriture de l’amour de Carmen Boustani, Flammarion, 2016, 400 p.
 

Carmen Boustani au Salon
Table ronde autour d’Andrée Chedid, L’écriture de l’amour, le 10 novembre à 18h (salle -1)/ signature à 19h (Le Point)
 
 
D.R.
De son enfance égyptienne, Chedid gardera une grande compassion pour le petit peuple et ses femmes enferrées dans les traditions.
 
2017-03 / NUMÉRO 129