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2020-04 / NUMÉRO 166   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Les bons musulmans et les bons chrétiens


Par Farès Souhaid
2008 - 09
Les « bons musulmans » sont ceux qui cèdent leurs sièges ministériels à la demande de leur partenaire chrétien. Les « musulmans méchants » sont ceux qui abusent de la « gentillesse » de leur partenaire chrétien pour consolider la part de l’Islam dans le pays. Les « bons chrétiens » sont ceux qui, par ruse et ténacité, déplacent des sièges réservés à la communauté musulmane pour les donner au camp chrétien. « Les chrétiens crétins » sont ceux qui ne possèdent aucune marge de manœuvre avec leurs partenaires musulmans parce qu’ils leur doivent « tout » et ne peuvent donc pas assurer à la communauté chrétienne la protection dont elle a besoin. Tel est le schéma politique que certains essaient de nous imposer depuis les accords de Doha et l’accouchement difficile du deuxième gouvernement Siniora.

De cette classification, nous retenons les points suivants :

Les chrétiens sont en crise de confiance avec les musulmans. Ceux-ci, s’ils sont « généreux », sont qualifiés de partenaires valables. On ne parle plus du coût matériel de cette générosité. On ne perçoit plus les dessous de cette manœuvre. Dans le cas présent, l’addition est particulièrement salée : il suffit de fermer l’œil sur les armes du Hezbollah et d’accepter la propagation de sa culture, de tolérer la cohabitation entre la république de Michel Sleiman et la wilaya, et de se ranger, aux côtés de Hugo Chavez et Ahmadinejad, dans leur combat commun pour la chute de l’empire américain. La lutte qui visait à créer un État souverain passe désormais au second plan. La nécessité de monopoliser les armes entre les mains de l’armée devient inutile. Ainsi donc la protection des chrétiens ne relève plus de l’État libanais, mais de leur alliance avec une aile de l’Islam. On ne parle plus de citoyen libanais, celui-ci porte désormais une identité communautaire pure ! Nous sommes désormais « forts » parce que nous avons obtenu des portefeuilles cossus généreusement distribués aux membres de la famille et « protégés » par les bons musulmans !

Les bons musulmans, eux, ne ratent aucune occasion pour déclencher une surenchère interchrétienne. Ils se montrent indulgents, généreux, dociles, peu bavards. Leur grogne, quand elle existe, est seulement dirigée face à l’autre aile de l’Islam. Nous sommes protégés par une « feuille d’entente » à la manière dhimmi. Aucune loi n’étant responsable de la régulation des relations entre les citoyens libanais, ce sont les ententes bilatérales qui prennent le dessus. Deux tribus en entente ne suffisent-elles pas pour renier la présence d’un État régulateur ?

« Les chrétiens crétins », eux, parlent de projet libanais, de convivialité islamo-chrétienne. Leur naïveté n’a pas de limites…

Pour nous, la mauvaise gestion politique, y compris celle du 14 Mars, ne justifie pas la rupture avec le Liban et l’alliance avec les ennemis du projet libanais, ceux qui nous conduisent à une position anachronique et contraire à notre histoire. Celle de se placer contre la communauté internationale aux côtés de la garde révolutionnaire iranienne. Celle de tolérer la présence des armes entre les mains des milices. Celle d’imposer à nos enfants une culture incompatible avec celle de leurs parents et de leurs grands-parents.

Nous avons combattu Abou Ammar pour sauver la République. Nous nous sommes opposés à l’arrogance de nos milices et continuerons à défendre le projet libanais et l’édification d’un État unique sur notre terre. Un État souverain capable de transformer la juxtaposition communautaire en convivialité, les différences culturelles en source de richesse et la lutte pour le pouvoir en compétition démocratique…
 
 
D.R.
 
2020-04 / NUMÉRO 166