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En réponse à Michel Onfray : Si, l’existence de Jésus est un fait historique avéré


Par J.-C. Petitfils
2017 - 03
Dans son récent livre Décadence (Flammarion), le philosophe Michel Onfray nie, comme il l’avait fait dans son Traité d’athéologie, l’existence de Jésus : celui-ci ne serait qu’une allégorie, un symbole, accomplissant fictivement les prophéties de l’Ancien Testament. Quelques écrivains avant lui – Bruno Bauer, Prosper Alfaric, Paul-Louis Couchoud… – s’étaient aventurés dans cette voie, sous le regard affligé des authentiques chercheurs, même libres penseurs.

Ce qui frappe dans la théorie « mythiste » d’Onfray, c’est sa méconnaissance profonde de l’exégèse moderne, des dernières découvertes archéologiques et, de façon plus générale, de la méthode historique. Il procède par amalgames, approximations et contresens, faisant flèche de tout bois, y compris des poncifs antireligieux les plus éculés. Il s’appuie par exemple sur les évangiles apocryphes et leur goût prononcé du merveilleux pour décrédibiliser les évangiles canoniques, écrits deux ou trois siècles plus tôt !

Soyons sérieux. Si une pieuse conspiration avait monté de toute pièce une telle affaire, celle-ci aurait été bien mal préparée ! Le simple fait de relever des contradictions dans les textes évangéliques, quant aux circonstances, au mot à mot des paroles prononcées, à la chronologie, montre d’évidence que leurs auteurs ont cherché à rendre compte de la vie d’un homme réel à travers la multiplicité des témoignages oraux. Pour les chrétiens, ces différences ne touchent en rien le fond du message, la signification de l’incarnation, de la mort sacrificielle de Jésus et de la rédemption, bien au contraire !

L’existence historique au Ier siècle de notre ère d’un rabbi juif nommé Ieschoua (Jésus) – contraction de Yehoshoua’ (Josué), « Dieu sauve » –, qui attirait les foules par son charisme et son enseignement, et son crucifiement à Jérusalem par ordre de Ponce Pilate, préfet de Judée de 26 à 36, à la demande des grands prêtres Hanne et de son gendre Joseph dit Caïphe, est un fait indéniable. 

Indépendamment des sources chrétiennes (particulièrement de l’Évangile d’un exceptionnel témoin oculaire, Jean), son existence se trouve attestée par plusieurs auteurs extérieurs au christianisme : Tacite, ancien gouverneur de la province d’Asie, Pline le Jeune, proconsul de Bithynie au début du IIe siècle, Suétone, chef du bureau des correspondances de l’empereur Hadrien un peu plus tard… 

Un texte capital est celui d’un écrivain juif romanisé du Ier siècle, Flavius Josèphe, qui avait connu à Jérusalem les premières communautés judéo-chrétiennes : il parle d’un « sage » nommé Jésus qui fit un grand nombre d’adeptes. « Pilate le condamna à être crucifié et à mourir. Mais ceux qui étaient devenus ses disciples continuèrent de l’être. Ils disaient qu’il leur était apparu trois jours après sa crucifixion et qu’il était vivant : ainsi, il était peut-être le Messie au sujet duquel les prophètes ont raconté des merveilles. »

Réceptacle des anciennes traditions juives, le Traité Sanhédrin du Talmud de Babylone évoque également son nom : « La veille de la Pâque, on pendit (à la croix) Yeshû ha-notsri (Jésus le Nazaréen) parce qu’il a pratiqué la sorcellerie, a séduit et égaré Israël. » Il aurait été tellement plus facile, à la manière d’Onfray, de dénoncer le mythe ! Même le philosophe platonicien Celse (IIe siècle), violent polémiste qui haïssait le Christ, ne contestait nullement son existence historique.

Plus de cinq cents frères, dit saint Paul, ont été témoins de la résurrection de Jésus. Comment imaginer que de pauvres pêcheurs du lac de Tibériade, troupeau de fuyards apeurés à la mort de leur maître, aient soudainement lâché leurs filets, abandonné femmes et enfants pour parcourir le monde pour un simple mythe, préparé par quelques individus dans l’arrière-salle d’une taverne de Judée ? Saisi par l’éblouissement pascal, brûlant de conviction en témoins rayonnants d’une vérité libératrice, ils ont tout supporté, les quolibets, les insultes, la prison, la torture, la mort même, sans jamais se renier. Meurt-on en martyr pour un hologramme ?

*Jean-Christian Petitfils, historien et écrivain, auteur notamment de Jésus (Fayard/Livre du Poche) et du Dictionnaire amoureux de Jésus (Plon). 
 
 
D.R.
Meurt-on en martyr pour un holo-gramme ?
 
2017-09 / NUMÉRO 135