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2020-02 / NUMÉRO 164   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Avec la thawra aux trousses !


Par Youssef Mouawad
2020 - 02
Lourd bilan d’un 18 janvier : 400 blessés et 38 arrestations ! Les protestataires ont été rattrapés par la violence comme d’autres par leur passé.

Et bien sûr, il y aura des « spectateurs engagés » pour stigmatiser les forces de l’ordre qui ont fait usage de matraques ou de bombes lacrymogènes ! À ceux-là, dans leur méprise, la réponse est aisée : auriez-vous oublié que les contestataires avaient d’ores et déjà déclenché la « semaine de la colère » et donc opté pour la confrontation ? 

Rappelons qu’avant ce 18 janvier, il y avait certains qui rassuraient, d’autres qui condamnaient et d’autres encore qui s’excusaient. Reportons-nous à L’Orient-Le Jour qui titrait : « Calme précaire après une nuit tendue à Beyrouth devant la caserne Hélou et dans le quartier de Cola » ou bien « Human Rights Watch dénonce les atteintes au droit de manifester » et « Le chef des FSI présente ses excuses aux journalistes pour les violences exercées contre eux ».

À croire que l’on voulait faire preuve de civilité et de modération, même si des incidents mineurs étaient à déplorer ici ou là ! Or cette situation ne pouvait se perpétuer, et les antagonistes, qui souvent se faisaient face sur les places publiques, devaient nécessairement en arriver aux mains. Car comment passer un, puis deux, puis trois jours d’une semaine de colère, sans rage, ni saccages ?
 
Et puis, n’est-ce pas là un constat d’échec des « insoumis », du moins de ceux qui avaient pris l’option pacifique, et qui croyaient que le pourrissement de la situation servirait leur cause ? Ils avaient voulu le changement dans la paix civile et l’alternance mais ils furent largement ignorés et méprisés par la classe politique. Au bout, il n’y avait d’autre issue que le choc frontal avec les sbires du pouvoir. 
Sans en appeler au soulèvement, un observateur averti admettra que toute thawra exige un ennemi à abattre et un martyr à sacrifier. On ne peut donc en exclure la violence ; elle se révélera à tous les niveaux. Et c’est sans compter avec les agents provocateurs, ces pyromanes télécommandés par les intéressés, pour mettre le feu aux poudres, comme c’est sans compter avec les poètes et autres leaders populistes qui célèbrent les affrontements et l’effusion de sang pour cimenter l’unanimité nationale…

Par ailleurs, trop d’intérêts régionaux sont en jeu et il ne faut pas rêver d’une révolution de velours comme en Tchéquie, ni d’une révolution douce comme en Slovaquie. Et ce n’est pas parce qu’autrefois le Portugal a vécu la « révolution des œillets », que nous réussirons, en ce doux Liban, une révolution soft, autrement dit une thawra en charentaises. Gardons à l’esprit l’invasion des mobylettes qui nous a donné plus d’une fois un avant-goût des échauffourées quasi-confessionnelles à venir.

Amis révoltés, frères d’armes, vous avez piégé aussi bien l’exécutif que le législatif, comme vous avez discrédité les professionnels de la politique. Ils ne disposent plus d’une voie de sortie honorable. Dos au mur, ils vont lâcher leurs meutes et recourir systématiquement à la terreur et à l’intimidation. Il faut vous attendre au pire.

Mais peut-être que notre patrie est irréformable et que toute révolte n’est que kermesse bruyante sinon sanglante. Auquel cas tout sacrifice serait inutile !

P.S. : Aux dernières nouvelles, un cabinet bling-bling et « resserré » vient d’être constitué. Il rassemble des impétrants et des impétrantes (des wannabe) qui arborent leurs diplômes comme une rombière afficherait ses bijoux. Pourront-ils faire pièce aux insoumis incarnant fureur et légitimité populaires ?
 
 
D.R.
« Amis révoltés, frères d’armes, vous avez piégé aussi bien l’exécutif que le législatif, comme vous avez discrédité les professionnels de la politique. »
 
2020-02 / NUMÉRO 164