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2017-11 / NUMÉRO 137   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Colloque
De Gaulle et le monde arabe


Par Alexandre NAJJAR
2009 - 10
La relation du général de Gaulle avec le monde arabe est une longue histoire qui commence dès 1930 avec son séjour au Levant et ne s’achève qu’en 1970 à sa mort. Elle connaît ses grandes heures après 1962. Entravée par le conflit algérien, la politique arabe du général de Gaulle se développe aussitôt levée cette hypothèque. Le tournant de 1962 donne un nouvel élan à une diplomatie fondée sur le principe d’indépendance. La politique arabe de la France est un des maillons forts de cette action menée sur plusieurs fronts.
L’ouvrage, qui paraît aux éditions Dar an-Nahar à l’occasion du Salon, reproduit les actes du colloque sur « Le général de Gaulle et le monde arabe », tenu en novembre 2008 dans le cadre de l’Université Paris-Sorbonne Abou Dhabi et en association avec la Fondation Charles de Gaulle et l’Institut du monde arabe, à l’initiative du professeur Jean-Paul Bled, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris-Sorbonne, président des Cercles universitaires d’études et de recherches gaulliennes et membre du Conseil scientifique de la Fondation Charles de Gaulle. 32 intervenants, ministres, diplomates, universitaires, journalistes, représentant 10 pays, y analysent les ressorts et les grands moments de cette politique ainsi que l’écho qui lui fut réservé. M. Bled a bien voulu nous raconter la genèse de ce livre.

Comment est née l’idée de ce colloque dont les actes sont publiés aujourd’hui ?

À la date où la décision a été prise d’organiser le colloque sur « Le général de Gaulle et le monde arabe », dont nous publions aujourd’hui les actes, il n’existait pas d’étude d’ensemble sur le sujet. Des travaux traitant des aspects particuliers étaient déjà parus, mais il manquait encore une grande synthèse. Notre propos a donc été d’abord de combler cette lacune. Ensuite, le président de l’Université Paris-Sorbonne à Abou Dhabi avait souhaité, lors de la fondation de cet établissement, qu’il accueille des colloques qui porteraient notamment sur des thématiques en rapport avec le monde arabe. Il était donc cohérent avec cette volonté d’y organiser cette grande manifestation.

Peut-on vraiment parler de politique arabe de la France initiée par le Général ? Était-elle le fruit d’une conviction profonde ou une question d’opportunisme ? Quelles sont les grandes lignes de cette politique ?

Les circonstances entrent toujours pour une part dans le choix d’une politique. Mais, dans le cas de la politique arabe du général de Gaulle, celle-ci ne répond pas seulement à des intérêts immédiats. Elle est aussi inspirée par des raisons de fond. La relation profonde que le général de Gaulle entretenait avec l’histoire le conduisait à voir dans le monde arabe une des grandes aires politiques et culturelles de l’humanité. Aussi considérait-il nécessaire à la stabilité de l’ordre international que sa place légitime lui fût reconnue. Champion de l’indépendance nationale, il estimait à la fois normal et souhaitable que les pays arabes eussent la maîtrise de leur politique. Le général de Gaulle était, d’autre part, convaincu qu’une fois levée l’hypothèque du conflit algérien, la France devrait renouer avec sa longue tradition d’une présence active dans le monde arabe.
Tous ces facteurs convergent pour expliquer ses prises de position face à la guerre des Six-Jours et à l’agression contre le Liban de décembre 1968. Le général de Gaulle a ainsi posé le socle de la politique arabe de la France que ses successeurs ont poursuivie jusqu’à Jacques Chirac. Hubert Védrine a même pu parler d’un consensus gaullo-mitterrandien sur ces dossiers.

Liban, Palestine, Maghreb... De Gaulle a-t-il, selon vous, apporté des idées vraiment « simples » à cet Orient qu’il savait « compliqué » ?

Les idées « simples » du général de Gaulle sont aussi des idées fortes. À tous, peuples comme États, il dit qu’il n’est de politique qui vaille qu’une politique fondée sur l’indépendance nationale. Son autre grand message est qu’il ne peut être de solution durable aux problèmes du monde, et notamment au Proche et au Moyen-Orient, qui ne soit fondée sur le principe de justice. À l’inverse, un ordre établi sur les seuls rapports de force finit toujours par céder.

Que peut apporter ce livre publié aux universitaires et au grand public, notamment aux jeunes ?

Aux universitaires comme au grand public, ce livre apporte une somme sur un sujet qui, plus de 40 ans après, reste d’une brûlante actualité. Aux jeunes, il apporte un message d’espoir, car il leur apprend que rien n’est figé pour l’éternité et que l’histoire dure longtemps.

Propos recueillis par
 
 
D.R.
 
2017-11 / NUMÉRO 137