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Colloque
La mémoire déchirée


Par Samir Frangié
2015 - 12
Littérature, art et monde contemporain : Récits, histoire, mémoire constitue les actes du colloque tenu à l’USJ les 16 et 17 mai 2014. Organisé sous la direction de Nayla Tamraz, chef du Département de Lettres françaises à l’USJ, ce colloque avait pour objectif « d’engager le monde universitaire dans une réflexion sur la mémoire et l’histoire des guerres libanaises dont l’abord encore aujourd’hui reste problématique ». Face à ce qui peut être considéré comme une « amnésie collective », artistes, cinéastes, romanciers, chercheurs... tentent de comprendre le passé.

Le colloque commence par l’intervention d’Henry Laurens, professeur au Collège de France et titulaire de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe. Il rappelle les difficultés à nommer la guerre, un « complot » dont les Libanais ont été les victimes, « une guerre des autres » où ils ont été réduits au statut de simples instruments, ou encore « une guerre de 1000 ans », où ils sont les prisonniers d’une fatalité historique qui les dépasse. Reprenant les travaux de Kamal Salibi, Albert Hourani, Nadim Shehadi, Ahmad Beydoun, Samir Kassir et d’autres, il insiste aussi sur les visions contradictoires développées par les historiens partagés entre un Liban « lieu d’une symbiose grandissante entre les communautés » et un Liban lieu d’affrontement permanent entre les communautés.

Gregory Buchakjian, photographe et historien d’art, nous parle, lui, des « dernières nuits du Holiday Inn », marquées par une violence extrême.

Katia Haddad, professeur de littérature française à l’USJ, analyse « les enjeux du théâtre au Liban », de Chucri Ghanem au début du siècle dernier, à Wajdi Mouawad, en passant par Georges Schéhadé et Gabriel Boustany qui « utilisent des techniques modernes pour reprendre à leur compte la fonction cathartique à l’origine du théâtre grec ». 

Bruno Péquignot, sociologue, professeur des universités, entreprend lui de rechercher la mémoire collective dans le cinéma libanais en partant du film de Nadine Labaki Et maintenant on va où ?

Gérard Bejjani, professeur de littérature française et de cinéma à l’USJ se lance dans une réflexion intéressante sur « l’imaginaire du territoire » dans le cinéma du Moyen-Orient, dans laquelle il analyse les films de Berhane Alaouié, Ziad Doueiri, Randa Chahal Sabbag et d’autres. Il parle de « l’idéologie du territoire », protecteur, mais aussi réducteur, et analyse toutes les formes de frontières, territoriale, religieuse, mentale, avant d’aborder « l’imaginaire de la trouée », trouée conciliatrice, empathique, transgressive…

Deux interventions sont consacrées à l’œuvre de Lamia Joreige Beyrouth, Autopsie d’une ville, qui est une installation multimédia présentée dans plusieurs musées et galeries dans le monde, une œuvre qui « montre la trace de l’histoire et non l’histoire elle-même, non le coup, mais la blessure ».
Dans « Pour une lecture de la ruine », Nayla Tamraz analyse, à travers les œuvres de Rabee Jaber, Jalal Toufic et Graziella Rizkallah Toufic, Beyrouth, la ville déchirée par la guerre, Beyrouth, l’ancienne cité phénicienne et romaine évoquée par les ruines récemment mises à jour, mais aussi Beyrouth, cette « nouvelle cité qui ne présente plus aucune ressemblance avec elle-même ».

Ce colloque sur la mémoire est important pour nous aider à remettre de l’ordre dans notre rapport à la guerre, allant du principe qu’une nation qui se refuse à affronter son passé risque d’être condamnée à le revivre. La répétition, de 1975 à aujourd’hui, des mêmes expériences, sous des appellations différentes, est là pour le montrer.

Reste évidemment à déterminer comment doit se faire ce travail de mémoire de manière à éviter de raviver des plaies en partie cicatrisées et permettre de comprendre ce qui est arrivé pour en tirer les leçons nécessaires.


 
 
 
BIBLIOGRAPHIE
Littérature, art et monde contemporain : récits, histoire, mémoire de , sous la direction de Nayla Tamraz, Presses de l’Université Saint Joseph, 2015, 290 p.
 
2017-11 / NUMÉRO 137