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2018-11 / NUMÉRO 149   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Hommage
Emily Nasrallah : la conteuse qui nous fait parler


Par Lina Abyad
2018 - 11
Longtemps j’ai pensé mettre en scène une fiction d’Emily Nasrallah. J’avais pris le petit-déjeuner avec elle quelques mois après son retour d’Allemagne où elle avait reçu la Médaille Goethe (mars 2017). Elle était souriante, gourmande, calme et j’étais repartie rassurée.

Et puis, comme toujours, la mort nous surprend.

Maintenant qu’elle était partie, notre rendez-vous sera raté à jamais et soudain l’urgence de travailler sur un de ces textes est devenue inéluctable.

J’ai passé l’été à lire les livres d’Emily Nasrallah. Et puis il m’a semblé nécessaire de commencer par le commencement. Je mets donc en scène Les Oiseaux de septembre.

J’avais une petite appréhension en indiquant à mes étudiants universitaires que le livre choisi pour ce semestre serait celui d'Emily Nasrallah. Je savais pertinemment que ce texte avait été adopté par plusieurs programmes scolaires. Mais la plupart de mes étudiants/comédiens n’en gardaient qu’un souvenir vague et surtout le goût amer des heures d’études d’arabe marquées par des aiguilles d’horloge murale figées ou qui ne se déplacent qu’au ralenti.

Une semaine plus tard, le jugement est tombé. Ils sont rentrés en cours précipitamment et enthousiastes. Les Oiseaux de septembre les avaient bouleversés, émus, étonnés. Ils redécouvraient le livre. Ils disaient être passés à côté de quelque chose lors de leur première lecture scolaire.
Ils étaient passés à côté de quoi ? Les histoires d’amour ! Bien sûr. Ils ne s’en souvenaient pas ! Ils ne comprenaient pas pourquoi Fawwaz – fou de rage et ivre de douleur, mais aussi d’arak – avait tué Maryam qu’il aime. Ou encore l’histoire de Najla qui sait qu’elle ne pourra pas épouser le jeune homme qu’elle aime : il est d’une autre religion. Et puis les images de l’émigration les touchaient profondément. C’est l’histoire de leurs pères, de leurs grands frères ou de leurs cousins. Ils savent aussi que cette histoire peut devenir la leur. Chacun de nous a une déchirure à raconter. Nous vivons tous avec une absence au cœur. 
En décortiquant le livre d’Emily Nasrallah, nous nous sommes rendus compte non pas que cette écrivaine est notre contemporaine et qu’elle parle de nous – ceci est banal. Il nous a semblé plus précieux que Les Oiseaux de septembre nous donne envie de parler de nous-mêmes, nous donne envie de fouiller nos mémoires, nous donne envie de raconter nos histoires. 

C’est cela l’exceptionnel chez Emily Nasrallah. 




Hommage à Emily Nasrallah au Salon :
avec Nadine Touma, Lina Abyad et Maha Nasrallah, le 8 novembre à 17h (salle Nadine Labaki).
 
 
D.R.
 
2018-11 / NUMÉRO 149