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2018-05 / NUMÉRO 143   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Un Salon littéraire qui regarde vers l’Orient


Par Georgia Makhlouf
2018 - 03

Vingt-quatre ans après sa première édition, le salon « Maghreb des Livres » organisé par l’association Coup de Soleil que dirige Georges Morin, s’agrandit et devient « Maghreb-Orient des Livres ». C’est l’iReMMO (Institut de Recherche et d'Études Méditerranée Moyen-Orient) qui a donné l’impulsion à cette collaboration, inaugurée cette année et qui permettra dorénavant aux écrivains de France et du Maghreb – Algérie, Maroc, Tunisie, mais aussi Mauritanie et Libye – d’être rejoints par leurs homologues du Moyen-Orient, pour engager des dialogues encore plus riches et plus largement ouverts sur des problématiques communes.

 

« Cette manifestation s’inscrit pleinement dans l’esprit de l’iReMMO qui cherche à transmettre des connaissances, à confronter des points de vue, à faire mieux connaître l’Autre car, bien souvent, c’est l’ignorance des autres qui attise les conflits », souligne Jean-Paul Chagnollaud, directeur de l’Institut. « Au-delà du plaisir de la rencontre avec des auteurs et leurs livres, il s’agit aussi pour nous de montrer l’Orient sous un autre jour que celui déformé par les images réductrices que l’actualité parfois tragique de cette région produit. Derrière le fracas des armes et les souffrances, on oublie trop souvent les sociétés où vivent des hommes et des femmes que nous connaissons bien peu en France. Les livres, sous toutes leurs formes offrent de précieuses approches pour les découvrir autrement, dans leurs vies quotidiennes, leurs cultures, leurs craintes et leurs espérances. Et ce d’autant mieux que ce salon permet de venir à la rencontre de celles et de ceux qui les ont écrits... »

 

Parmi les temps forts du salon qui s’est déroulé les 2, 3 et 4 février, on peut noter une table ronde animée par François Georgeon : « Vivre dans l’Empire ottoman » qui permet de rappeler que ce passé concerne toute la région ; ou «Quel avenir pour le Moyen-Orient ? » avec Jean-Pierre Filiu, Gilbert Achcar et Hyam Yared. Achcar y souligne que les raisons profondes des soulèvements arabes sont toujours présentes, que les problèmes ne peuvent être résolus dans le cadre des configurations actuelles et que d’autres flambées de violence sont donc probables. Filiu quant à lui insiste sur le fait que déni des droits et solutions imposées de l’extérieur constituent des causes d’échec certain des processus de normalisation. Mentionnons également « Les villes plurielles d’Orient » avec notamment Franck Mermier, Nedim Gürsel et Salam Kawakibi et un débat sur « Les manières d’être en contexte laïc » qui croise les regards juif et musulman. « Je plaide pour la réactivation de la mémoire ancienne judéo-musulmane, afin d’éviter la perte définitive d'une civilisation complexe et riche. Sinon, ce sont les fondamentalistes qui se chargeront de lui donner un sens », affirme ainsi Benjamin Stora. Point d’orgue de la journée de samedi, un très bel « Hommage à Mahmoud Darwich » par Élias Khoury et Farouk Mardam-Bey. À ce propos, Mardam-Bey souligne le statut très particulier du poète palestinien dans la littérature contemporaine : au programme de l’agrégation de français cette année, ses ouvrages continuent à se vendre au rythme de 6 à 7000 exemplaires par an quand les grands poètes français dépassent rarement les 2000 exemplaires. « Si Darwich a acquis son aura en tant que poète de la résistance palestinienne, il n’a néanmoins jamais cessé d’évoluer, de s’interroger et de se renouveler. Son public l’a suivi jusqu’au bout, même quand sa poésie s’est faite moins politique et plus métaphysique. Avec Darwich, on a la combinaison rare d’un talent exceptionnel et d’une forme d’inquiétude, de quête personnelle, qui le conduit vers une poésie de plus en plus élaborée. Du Maroc au Golfe, je m’aperçois à quel point sa poésie imprègne ses lecteurs qui, souvent à leur insu, parlent avec ses mots, reproduisent ses expressions. Le miracle Darwich n’est pas près de se répéter. »

Cafés littéraires, tables rondes et entretiens se sont ainsi succédé pendant trois jours. Parmi les autres écrivains libanais présents, Imane Humaydane ou Maya el-Hajj qui est intervenue sur le thème du patriarcat. Ce sont entre 5000 et 6000 visiteurs qui se pressaient dans les salons de l'Hôtel de Ville durant les éditions précédentes, mais avec l’ouverture du salon au Moyen-Orient, l’objectif était de toucher un public plus nombreux et plus varié.

 

Belle perspective assurément, riche de promesses tant les écrivains du Moyen-Orient ont besoin de nouveaux espaces de dialogue et de reconnaissance en France.

 
 
« Je plaide pour la réactivation de la mémoire ancienne judéo-musulmane, afin d’éviter la perte définitive d'une civilisation complexe et riche. »
 
2018-05 / NUMÉRO 143