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Table ronde
Être Charlie ou ne pas l’être


Par Joseph Moukarzel
2015 - 02
Être Charlie ou ne pas l’être, telle n’est pas la question. Un acte de violence inouï a été commis qui ne peut en aucun cas être justifié quelles que soient nos appartenances idéologiques ou religieuses. Cet acte barbare a touché des journalistes et dessinateurs, visant ainsi directement la liberté de pensée et d’expression. Peut-être serait-il plus adéquat de se demander si l'on est pour le terrorisme ou non.

J'ai remarqué que, dans le tumulte médiatique qui a suivi le drame, certains ont réagi en faisant le procès des victimes sans penser un instant qu’ils justifiaient par là l'acte terroriste. Pire encore, sans penser qu'ils justifiaient la condamnation à mort de toute personne ou société qui ne rentre pas dans le cadre étriqué des interprétations tendancieuses de la Charia islamique faite par les groupes extrémistes. Interprétations d’ailleurs désavouées par la majorité des grands penseurs de l’islam contemporain, tout comme les croyants avisés de la communauté sunnite. 

Je n’étais pas Charlie avant le massacre du 7 janvier 2015 au 10 Rue Nicolas-Appert. J’avais même eu dans le passé des débats houleux avec Cabu et Charb suite aux caricatures du prophète, car je considérais que notre responsabilité allait au-delà de cette liberté intransigeante. Toutefois, je trouve indécent et même amoral de chercher la justification, quelle qu'elle soit, d'un acte terroriste ayant provoqué la mort de douze personnes.

La question n'est pas d'être Charlie ou non. 

Le problème réside dans le fait que beaucoup de nos confrères ne se rendent pas compte de la portée de nos mots et images avec l’avènement de la globalisation. Nos messages se perdent aujourd’hui dans une polysémie d’interprétations déroutante, et nous ne pouvons pas « normaliser » les récepteurs. Il nous faut être de plus en plus vigilants aux changements planétaires qui confirment que le XXIe siècle sera malheureusement religieux comme l’avait prédit André Malraux. Qui dit religieux ne dit pas nécessairement tolérant, et c’est là le drame de notre époque.

Charlie n’est pas mort malgré la disparition de ses principaux piliers, il a même rebondi et gagné en notoriété. Les dessinateurs et leurs amis sont rentrés dans l’histoire et sont devenus des exemples que des milliers de journalistes suivront. Les terroristes ont, encore une fois, perdu la bataille : ils ont tué et sont morts pour rien.
 
 
D.R.
 
2017-09 / NUMÉRO 135