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2020-04 / NUMÉRO 166   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Le clin d'œil de Nada Nassar-Chaoul
Harissa et le joli mois de mai


2014 - 06
Pour les autres, c’est le mois des fleurs, mais pour nous Libanais, c’est le mois de Marie. Plus précisément, celui de Harissa, Notre-Dame du Liban comme on l’appelle, car on se l’est appropriée par une OPA aussi émouvante que désespérée, la belle dame blanche qui nous ouvre les bras sur la baie lumineuse de Jounieh.

Et comme chaque année, ils sont venus, ils sont tous là, par cars entiers, de toutes les régions du Liban, de Zahlé et de Zghorta, du Koura et de Marjeyoun, des villages chrétiens et des autres. Des vieux au chapeau de paille à la démarche chancelante aux jeunes filles pétulantes légèrement vêtues ayant vaillamment fait la montée à pied et qui ont jeté un petit châle sur leurs épaules par respect pour Notre-Dame. Des pauvresses humblement vêtues qui ont fait le vœu d’escalader le promontoire pieds nus aux dames chic au brushing impeccable que des chauffeurs stylés aux grosses limousines attendent patiemment sur le parking. Des blessés de guerre résignés aux paralytiques poussés dans leurs fauteuils roulants, on ne sait trop comment, par une vieille mère qui peine elle-même à marcher. Des sri-lankaises ferventes aux vêtements chamarrés aux familles nombreuses avec gosses turbulents qui réclament haut et fort une promenade en téléférique et nouveaux nés somnolents qu’on a amenés là pour leur première bénédiction. 

Dans la petite église sombre au pied du monument, ils récitent le rosaire et l’Ave Maria avec une ferveur telle qu’on leur pardonne les fausses notes et n’oublient pas, à la sortie, de se munir de l’encens et de l’huile bénite qui les protègeront des maladies, des attentats aveugles et des fins de mois de plus en plus difficiles. 

Allez, encore un cierge pour le petit dernier au chômage depuis un an qui s’en va bientôt tenter sa chance dans les forêts maléfiques d’Afrique.

Le Liban ne mourra jamais.
 
 
© Charbel Azzi
 
2020-04 / NUMÉRO 166