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2020-04 / NUMÉRO 166   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Le clin d'œil de Nada Nassar-Chaoul
Holiday Beach


2014 - 08
Cela faisait un certain temps que ça lui prenait. Une envie de tout laisser tomber. Avec le soleil qui brillait dehors et le bleu scintillant de la mer, rester enfermée toute la journée au milieu des étagères de classeurs grisâtres et des boîtes d’archives poussiéreuses lui semblait insupportable. Son bureau encombré de dossiers en souffrance et de paperasse indéfinie la déprimait et la vue d’une seule agrafe suffisait à la mettre en rogne. Quant à ses voisins de bureau, elle ne pouvait plus les souffrir avec leur tête de tous les jours, leurs petites manies agaçantes et leur bavardage insipide. Même sa pauvre secrétaire pourtant si docile et si dévouée − ou justement à cause de ça − lui tapait sur les nerfs et, à sa grande honte, elle la rabrouait de plus en plus souvent. Incapable de la moindre initiative cette fille. Et quelle idée aussi de lui demander toutes les cinq minutes si elle avait envie d’un café ?
Ah la plage ! Le bleu infini de l’horizon, le jus de fruits exotiques qu’on sirote au bord de l’eau, les doigts de pied en éventail… Ah ! Bronzer idiot sous son chapeau de paille, chantonner doucement des airs de jeunesse, se détendre, rêvasser, faire le vide, ne penser à rien…
Aujourd’hui, elle l’a fait. Elle a claqué la porte de son bureau, mis son portable en mode silencieux et elle est partie. Sans dire un mot, sans endroit où la joindre au cas où… Et la voilà à la plage, avec le sentiment délicieux de faire l’école buissonnière. Allongée sur son transat à rayures, elle est heureuse, très heureuse même, n’était-ce cette mouche entêtée qui bourdonne sans cesse autour d’elle. Elle a toujours eu horreur des mouches. Le soleil tape fort. Chic ! C’est plein de vitamines paraît-il et elle en a rudement besoin. Sauf qu’il tape vraiment fort. Et qu’elle a chaud, très chaud. Et soif aussi. Et le jus aux jolies couleurs, même décoré d’une pagode chinoise, est trop douçâtre pour étancher sa soif.
Mais on est bien, vraiment bien. Il faut en profiter pour bronzer de dos et mettre enfin sa nouvelle jolie robe à bretelles. La tâche s’avère impossible. C’est qu’on étouffe, le nez dans sa serviette et qu’on s’ennuie. Terriblement même.
Alors qu’elle fait le vide et se-détend-à-fond-en-oubliant-tous-ses-soucis, une pensée horrible la saisit. Et si son plus gros client avait besoin d’elle ? Et si, ne pouvant la joindre, il allait tout droit chez son plus féroce concurrent ?
Elle range vite sa serviette. Les vacances, ça n’a rien d’urgent. Et c’est avec une voix chaleureuse qu’elle accueille les coups de fil désespérés de sa secrétaire.
La pauvre fille en est toute retournée !
 
 
D.R.
 
2020-04 / NUMÉRO 166