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2016-08 / NUMÉRO 122   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Yves Bonnefoy est mort. Salué comme le plus célèbre des poètes français contemporains, traducteur rigoureux de Shakespeare et essayiste passionné d’art, il venait de publier un texte inédit situant le cœur de sa poésie dans l’enfance et la filiation. Les étoiles de son univers y scintillent plus vives que jamais et se nomment mémoire, rêve, présence et espérance. ... >> lire la suite
 
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Édito par Alexandre Najjar
Furie et laxisme
Q
ui veut noyer son chien l’accuse de la rage. » La fameuse formule de Molière s’applique parfaitement à Erdoğan qui, à peine remis du coup d’État avorté, règle ses comptes et écrase ses opposants. Non content d’avoir joué avec le feu en soutenant Daech, le voici qui décrète tout à coup, en guise de représailles contre les putschistes, d’arrêter sans distinction des milliers de militaires, magistrats, professeurs, doyens, fonctionnaires et journalistes. Les libertés publiques ? Qu’importe ! L’heure est grave : il faut sévir. Dans l’indifférence générale, ces accusés se retrouvent aujourd’hui incarcérés, humiliés, au nom de la volonté du calife de faire table rase et d’épurer l’administration pour museler toute velléité de contradiction. Cette furie répressive a au moins deux ancêtres : le premier, bien connu, est l’incendie du Reichstag, survenu le 27 février 1933, qui fut pris pour prétexte par Hitler pour éliminer un nombre incalculable de communistes. D’après certaines sources, les nazis eux-mêmes auraient perpétré cet attentat pour justifier leur chasse aux sorcières. Le second, méconnu, est l’internement de 110 000 Japonais-Américains au lendemain de l’attaque de Pearl Harbor. Confinés dans dix « war relocation camps » en Californie et ailleurs, ces innocents servirent de boucs émissaires pour assouvir la colère des autorités américaines assoiffées de vengeance… À l’opposé d’ « Erdo-gun » qui tire sur tout ce qui bouge, les pouvoirs publics en Europe font preuve de frilosité à l’égard des apprentis terroristes et des monstres qui trouvent dans Daech une référence susceptible de « légitimer » leurs actes déments et de donner un « sens » à la gratuité de leurs crimes abjects. Ce laxisme, dont profitent assurément les partis d’extrême-droite promis à des scores vertigineux lors des prochaines élections, est le signe indiscutable de la faillite d’un système de sécurité naïf et inadapté, et l’illustration de la cécité du vieux continent dont les frontières sont devenues de véritables passoires. « Qui sème le vent récolte la tempête », dit-on. Il est temps de débroussailler.

2016-08 / NUMÉRO 122