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2017-02 / NUMÉRO 128   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Après deux romans largement plébiscités et traduits dans de nombreuses langues, et dont le premier, Au pays des hommes, était finaliste du Man Booker Prize, Hisham Matar publie un récit bouleversant sur l’enquête qu’il a menée pendant des années pour faire la lumière sur la disparition de son père longuement incarcéré dans les geôles de Kadhafi, et sur son retour au pays en 2012 après la chute de la dictature. ... >> lire la suite
 
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Édito par Alexandre Najjar
La honte du survivant
U
n soldat qui découvre tout à coup qu’il est seul sur le champ de bataille et que tous ses camarades sont tombés… C’est bien le sentiment amer que nous éprouvons aujourd’hui en constatant que L’Orient littéraire est désormais le seul supplément littéraire au Liban, après l’arrêt forcé de tous les suppléments qui, pendant des années, ont enrichi (au sens figuré bien entendu) les grands quotidiens libanais arabophones. « Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là ! », écrivait Victor Hugo dans Ultima verba. Soit. Mais être seul dans le désert est la pire des solitudes… En écrivant ces mots, comment ne pas éprouver « la honte du survivant », celle dont parle Vercors dans un de ses récits et qui nous a inspiré autrefois le titre d’un recueil de nouvelles ? Honte, oui, parce que la culture libanaise est en perdition et que la littérature est toujours sacrifiée sur l’autel des « impératifs économiques » aussi bien dans la presse écrite qu’à la télévision où les chaînes passent leur temps à s’insulter et à faire de la surenchère au lieu de songer à améliorer le niveau de leurs programmes lamentables. Honte, oui, car il n’est pas normal que le seul supplément encore disponible au Liban soit publié en français, comme si la langue arabe avait démissionné de son rôle de catalyseur des forces littéraires vives de ce pays qui compte encore, Dieu merci, la crème des écrivains arabes contemporains en cette triste époque où la plupart des pays voisins, écrasés par la dictature, la guerre et les crises économiques ou politiques, n’offrent pas à leurs auteurs un climat propice à la création. Ce constat nous encouragera en tout cas à mieux défendre la littérature arabe et, par respect et conviction, à lui accorder une place importante dans nos pages, en attendant des jours meilleurs... Que nous le fassions en français n’a rien de surprenant : la langue de Molière n'a-t-elle pas souvent été un stimulateur, un miroir, pour la pensée arabe?


2017-02 / NUMÉRO 128