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2018-12 / NUMÉRO 150   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Édito par Alexandre Najjar
Libérez Carlos Ghosn !
L
e clou qui dépasse appelle le marteau », affirme un cynique proverbe japonais. Or Carlos Ghosn dépassait nettement la plupart des dirigeants nippons et indisposait ceux qui voyaient en lui le symbole de la mainmise de Renault sur Nissan – pourtant sauvée du naufrage grâce à sa stratégie et son action. Face à cette cabale orchestrée par un putschiste désireux de lui chercher des poux pour devenir calife à la place du calife, face à ce piteux règlement de comptes comparable à un Game of thrones made in Japan, il incombe à la France – mais aussi au Liban, qui s’est déjà mobilisé sur le plan judiciaire comme sur le plan diplomatique – de frapper du poing sur la table et de réclamer que soit mis un terme à ce complot scandaleux. Question d’honneur, d’abord, puisqu’il s’agit du PDG de l’une des entreprises majeures du pays, subitement pris en otage par un procureur étranger ; question de principe, ensuite, parce que la France qui se targue de défendre les libertés publiques ne saurait tolérer la procédure kafkaïenne et inique à laquelle est soumis ce ressortissant français à qui elle doit tant : l’arrestation prolongée de Carlos Ghosn, les conditions de son incarcération et les interrogatoires successifs sans l’assistance d’un avocat sont en effet contraires aux principes les plus élémentaires des droits de l’homme puisqu’ils bafouent, entre autres, la présomption d’innocence et les droits sacrés de la défense. Amnesty International et les Nations unies ont, à plusieurs reprises, appelé le Japon à abroger le système des daiyo kangoku (prisons de substitution), où les suspects peuvent être maintenus jusqu’à 23 jours en détention provisoire, sans avoir pleinement accès à un avocat, car il va à l’encontre des obligations incombant au Japon aux termes des traités internationaux. En 2012 déjà, Amnesty avait mentionné dans son rapport annuel qu’« il est plus que temps que le gouvernement japonais mette fin à de telles pratiques, s’il compte disposer d’un système judiciaire digne de ce nom. Des réformes capitales sont nécessaires pour que la procédure devienne conforme au droit international relatif aux droits humains ».

Quels que soient les griefs reprochés à Carlos Ghosn, ils ne justifient nullement le traitement qui lui est réservé – comparable à celui d’un dangereux terroriste. La justice n’est pas et ne peut pas être « une forme endimanchée de la vengeance », selon la formule de Stephen Hecquet ; elle ne peut être instrumentalisée de la sorte. Si le Japon est une vraie démocratie, comme il le prétend, qu’il le prouve. Sinon, qu’il soit fermement condamné pour ses pratiques dignes de l’Inquisition et mis au rang des « États voyous ».


2018-12 / NUMÉRO 150