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2019-12 / NUMÉRO 162   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Au fil des jours...
 
EN UNE
Dans une ville européenne indéterminée, cinq personnages, tous des Arabes – des migrants, des errants –, écrivent chacun une lettre qui ne parviendra jamais à son destinataire. Un réfugié ayant fui la dictature de son pays écrit à son amante une lettre restée inachevée. Elle tombe entre les mains d’une étrangère, l’incitant à écrire à l’homme qu’elle attend dans une chambre d’hôtel, et qui ne viendra pas. Un tortionnaire ayant échappé aux représailles des rebelles trouve par hasard cette dernière missive jamais postée, ce qui le pousse à confesser un meurtre à sa mère. Et ainsi de suite, jusqu’à la cinquième lettre, que personne ne lira, sauf les lecteurs de Courrier de nuit, roman de Hoda Barakat qui lui a valu le Prix international de la fiction arabe 2019. Rencontre avec la romancière, l’une des figures majeures de la littérature libanaise actuelle… ... >> lire la suite
 
Le point de vue de...
De la nation libanaise par Julien Théron
Questionnaire de Proust à...
Catherine Hermary-Vieille
Poème d’ici
Notre pays par Zaghloul el-Damour
Le clin d'œil de Nada Nassar-Chaoul
Ce qui a changé
 
 
Édito par Alexandre Najjar
Pourquoi nous ne pouvons pas attendre
L
a fameuse Lettre de la geôle de Birmingham de Martin Luther King nous revient en mémoire au moment où le Liban vit la crise économique la plus grave depuis l’Indépendance, au milieu de l’indifférence d’une classe dirigeante irresponsable qui prend son temps pour dénouer cette crise comme si nous avions encore le luxe d’attendre. « Nous avons douloureusement appris que la liberté n’est jamais accordée de bon gré par l’oppresseur : elle doit être exigée par l’opprimé... Il vient un temps où la coupe est pleine et où les hommes ne supportent plus de se trouver plongés dans les abîmes du désespoir. J’espère, Messieurs, que vous pourrez comprendre notre légitime et inévitable impatience. »

Ce que le lauréat du Prix Nobel de la paix affirmait en avril 1963 à propos de la ségrégation, nous le répétons aujourd’hui, avec colère et amertume, à la vue de cette révolution, non-violente comme la sienne, qui se heurte à l’obstination de la « mafiature » au pouvoir. Suivant son exemple, nous manifestons à notre tour une « légitime impatience » : car quand vous voyez le peuple incapable de subvenir à ses besoins et de payer les scolarités de ses enfants ; quand un père est abattu à bout portant sous les yeux de sa famille et qu’un autre se pend parce qu’il est à court d’argent ; quand les économies des gens se trouvent gelées à cause du système de Ponzi mis en place par vos financiers ; quand les salaires sont réduits de moitié et que les licenciements massifs touchent toutes les usines et entreprises ; quand vous avez perdu la confiance des citoyens et que des fauteurs de troubles à votre solde sont lâchés dans la nature pour essayer de mater ou diaboliser la révolution ; quand on constate que votre oligarchie corrompue, minée par le népotisme et le clientélisme, a transformé notre beau pays en failed state ; quand votre incurie coupable risque de faire basculer le Liban dans le chaos, alors vous comprendrez pourquoi nous ne pouvons plus attendre et pourquoi il est grand temps que vous dégagiez.


2019-12 / NUMÉRO 162