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2019-01 / NUMÉRO 151   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Au fil des jours...
 
EN UNE
Paraphrasant Woody Allen, notre dernier grand critique, on pourrait dire du Houellebecq nouveau : « J’ai lu Sérotonine, ça se passe en Normandie. » Mais on ne le fera pas.
Florent-Claude Labrouste, le narrateur, a 46 ans, roule en 4x4 Mercedes G 350 TD, mange du boudin artisanal au volant, boit du Coca zéro, n’appartient à aucun milieu, vandalise les détecteurs de fumée dans les chambres d’hôtel, vomit les écoresponsables et pense avec nostalgie au bonheur de ses années d’études. Au fond un type d’une nature assez simple qui n’en finit plus de se cogner à la complexité du monde. De quoi être désespéré et autodestructeur.
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Édito par
Saint Polycarpe
G
ustave Flaubert et ses amis avaient l’habitude de fêter la Saint-Polycarpe en hommage à l’évêque de Smyrne, mort en martyr pour la foi, qui fulminait toujours : « Mon Dieu ! Mon Dieu ! Dans quel temps m’avez-vous fait vivre ! » L’auteur de Madame Bovary s’identifiait tellement à ce personnage qu’il signait même ses lettres « Polycarpe » ou « Saint Polycarpe » ! À notre tour de prendre ce brave homme pour saint patron, tant notre amertume est grande de constater que le Liban, ce petit pays au grand destin, n’est plus que l’ombre de lui-même : livré à des brigands endimanchés, à des hors-la-loi qui font la loi, ou à des matamores arrogants qui prêchent la vertu et la réforme alors qu’ils se remplissent impunément les poches, gouverné par une troïka incapable de se mettre d’accord pour former un gouvernement « d’union nationale » alors qu’elle sait pertinemment que seul un cabinet de technocrates pourrait être efficace, menacé à cause des agissements de ceux qui, non contents d’avoir créé un État dans l’État et foulé aux pieds « la politique de distanciation » voulue par les Libanais, font de la provoc en creusant des tunnels menant jusqu’à Bethléem, empêtré dans une crise économique sans précédent qui saigne à blanc une population accablée par les dettes, les factures et les taxes – alors que l’État ne lui assure rien en retour… Le dégoût est devenu tel que les jeunes n’ont plus qu’une seule envie : décamper au plus vite pour chercher ailleurs une vie plus digne et un avenir plus prometteur. « Mon Dieu ! Mon Dieu ! Dans quel pays m’avez-vous fait naître ! » est devenu leur leitmotiv. Tout s’effrite, tout se décompose, alors que nos responsables, plus irresponsables que jamais, sabordent toutes les planches de salut qui s’offrent à nous : le pétrole qui ne sera probablement extrait que lorsque cette énergie sera obsolète et le baril vendu à vil prix ; les aides promises par la communauté internationale dans le cadre du programme « CEDRE » ; et sans doute aussi la reconstruction de la Syrie…


2019-01 / NUMÉRO 151