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2018-01 / NUMÉRO 139   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Au fil des jours...
 
EN UNE
La politique étrangère de De Gaulle a été très étudiée et les relations franco-soviétiques des décennies 1940-1960 ne sont pas un sujet « vierge » comme l’avoue l’auteure. Est-ce donc l’actualité qui justifie le nouvel ouvrage d’Hélène Carrère d’Encausse : la Russie de Poutine « s’est imposée dans le nouveau désordre mondial », « l’État, la nation, la puissance sont de retour » et les leçons du Général demeurent une « référence » ? On peut, sans appuyer totalement la conclusion, trouver dans le présent livre, amplement justifié par la connaissance de la langue et du monde russes, par les archives ouvertes, par des entretiens et conversations personnels, par le soin mis à confronter témoignages et analyses et à fournir un récit limpide et bien documenté, trouver bien du plaisir à le lire et bien des enseignements à en tirer. ... >> lire la suite
 
Questionnaire de Proust à...
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Édito par Alexandre Najjar
Anticonstitutionnellement
O
ui, le droit constitutionnel existe, et ce n’est pas pour les termites ou les souriceaux, non, c’est pour les chanceliers, les véritables hommes d’Erat, car une norme constitutionnelle, monsieur, vous barre la route aussi puissamment qu’un tronc d’arbre ou un barrage de police ! » Ce passage tiré de L’Ordre du jour d’Éric Vuillard, prix Goncourt 2017, nous revient à l’esprit au moment où le président de la République et le chef du Parlement s’opposent sur la question du décret de la promotion 1994 des officiers de l’armée, le second reprochant au premier de ne pas respecter la Constitution. Le proverbe « Médecin, guéris-toi toi-même » s’impose ici. Car indépendamment de la pertinence des arguments invoqués (ce décret, juste en son principe, exigeant en effet la signature du ministre des Finances puisqu’il aura tôt ou tard des conséquences financières) et abstraction faite des motivations confessionnelles qui attisent la polémique, le chef du législatif est-il bien placé pour donner des leçons en la matière, lui qui a supervisé et cautionné par deux fois l’auto-prorogation du mandat des députés au mépris des principes les plus élémentaires du droit constitutionnel, sans compter sa lecture personnelle des dispositions relatives au quorum de l’assemblée lors de l’interminable feuilleton de l’élection présidentielle ? À cause de sa jurisprudence, qui témoigne, admettons-le, d’un sens poussé de la ruse politique, la Constitution libanaise est devenue tellement malléable que le chef de l’État a profité à son tour de cette élasticité devenue la norme. Et puis... de quelle Constitution parle-t-on quand la liberté d’expression, consacrée par le Préambule de cette Constitution, est foulée aux pieds ces jours-ci pour mater tel ou tel journaliste indocile ?
Fragilisée par ces dérives, notre démocratie est devenue si bancale qu’elle ne peut même plus servir de modèle aux régimes de la région qui confondent réforme et purge, justicier et justice, reddition de comptes et règlements de comptes ? Le voisinage des territoires occupés où une autorité qui prétend être « la seule démocratie au Moyen-Orient » séquestre et juge une adolescente rebelle, Ahed Tamimi, « coupable » de défendre sa terre nous oblige à être tout à fait irréprochables en matière de libertés publiques, de justice et de normes constitutionnelles, afin de démontrer, par simple comparaison ou parallélisme, le ridicule et l’absurdité d’une telle prétention. Dans l’obscurité, nul ne distingue les mains sales des pures. Nous nous devons d'être la lumière qui éclaire, révèle et dénonce les abus ou les crimes des autres.


2018-01 / NUMÉRO 139