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2019-06 / NUMÉRO 156   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Écrire sur Venise est, à n’en pas douter, un véritable défi littéraire, tant d’écrivains de talent ayant trempé leur plume dans « l’encre de ses canaux » pour reprendre les mots de Paul Morand. C’est pourtant Venise qui est l’objet de la quête de Jean-Paul Kauffmann, mais une Venise forcément inconnue puisqu’il s’agit de forcer les portes cadenassées de ses églises fermées, de découvrir quels chefs-d’œuvre dorment dans le silence et l’ombre. Quête forcément spirituelle où l’exercice de déchiffrement d’un mystère, s’il emprunte au polar, va chercher aussi du côté de l’Apocalypse de Saint Jean. 
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Édito par Alexandre Najjar
Dédicace
D
epuis le départ prématuré de Wadih Audi, le monde des livres est en deuil. Car Dédy n’était pas seulement un amoureux des lettres, il était aussi un « artisan-libraire » incomparable qui avait fait de « Dédicace » un bel espace dédié à la lecture exigeante.

« Condamné » à devenir banquier, ce personnage attachant – que de nombreux éditeurs et écrivains français ayant visité le Liban, de Jean-Claude Fasquelle à Marc Lambron, évoquaient avec respect et gratitude – choisit de tout laisser tomber pour se consacrer à sa passion. C’est la naissance de sa librairie, au centre Sofil, fréquentée aussi bien par Samir Kassir que par Mgr Audi, bientôt suivie d’une autre, rue du Cherche-Midi à Paris, où Claude Sautet tournera des séquences de son film Un cœur en hiver, avec Emmanuelle Béart, Daniel Auteuil et André Dussolier. « Aucun remerciement ne figurait dans le générique et Sautet ne m’a même pas dit merci », se plaisait-il à préciser d’un ton narquois. Grand amateur de Dostoïevski, il affirmait que « le livre est comme la prière, on y a recours quand on a un besoin : la lecture répond à un appel intérieur », tout en déplorant avec amertume « la dégradation du livre au Liban ».

Dès 2007, Dédy a collaboré à L’Orient littéraire et chroniqué plusieurs ouvrages, dont ceux de Gilbert Sinoué, Amélie Nothomb, Tom Reiss, Jean-Christophe Grangé, Douglas Kennedy, Eduardo Mendoza et Woody Allen. C’est grâce à son intervention que le prix Phénix de littérature a trouvé son sponsor, c’est en sa présence que ce prix était remis chaque année par l’ancien ministre Raymond Audi. Lors de son attribution à Carmen Boustani, il a représenté son oncle et prononcé une allocution remarquée pour rendre hommage à la lauréate et saluer sa biographie consacrée à Andrée Chedid…

Détail révélateur : peu avant sa mort, bien que très diminué, Dédy a contacté la librairie Antoine pour commander auprès d’elle les Œuvres complètes de Romain Gary, à paraître dans « La Pléiade » – collection dont il possédait tous les volumes. Ce titre-là, hélas, est arrivé trop tard : il ne le lira jamais. Mais que ceux qui l’ont connu et aimé se consolent : aux dernières nouvelles, « Dédicace » vient de rouvrir ses portes, place du Paradis.


2019-06 / NUMÉRO 156