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2017-12 / NUMÉRO 138   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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L’Art de perdre d’Alice Zeniter est un des romans phares de la rentrée. Déjà récompensé par le prix littéraire du Monde, le prix Landernau des lecteurs, le Prix des libraires de Nancy-Le Point, il vient d’obtenir le très convoité Goncourt des lycéens. Il faut dire que ce roman s’empare de questions essentielles et douloureuses dans une France qui a encore du mal à faire son travail de mémoire. ... >> lire la suite
 
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Édito par Alexandre Najjar
Jalal
L
’ultime mot prononcé par le grand comédien Harry Baur avant son décès fut : « Loge ! », comme si, en expirant, il pensait encore au théâtre. Plus récemment, le metteur en scène Berge Fazlian a rendu l’âme peu après avoir demandé à son complice de toujours, Jalal Khoury, qui se trouvait à son chevet, de lui lire les extraits de Shakespeare qui devaient être déclamés, sous sa direction, par Mireille Maalouf et Rifaat Tarabay sur la scène de l’hôtel Al-Bustan… À présent, c’est au tour de Jalal de tirer sa révérence, lui qui, comme Harry Baur et Berge Fazlian, a « respiré » le théâtre jusqu’à son dernier souffle. Jalal Khoury appartenait à cette race d’artistes qui considère l’art dramatique comme un sacerdoce. Il mangeait et buvait le théâtre, dormait en imaginant une nouvelle pièce, connaissait tous les classiques par cœur. Avec assurance et délectation, il m’a récité un jour des scènes entières de La Vie de Galilée de Brecht de cette voix caverneuse qu’il avait bien voulu me « prêter » en lisant le verdict d’un tribunal dans ma pièce Le Crapaud. Il avait du métier, du flair, une vision, et ces qualités, conjuguées avec son érudition, lui permettaient d’évaluer avec justesse les œuvres des autres, notamment celles de ses étudiants, pour leur prodiguer critiques et conseils. Considéré comme le père du théâtre politique libanais, il s’était orienté, dans ses dernières pièces, vers des sujets spirituels, comme si, dégoûté par le marasme ambiant, il s’était mis en tête de chercher dans le ciel des raisons d’espérer. Aujourd’hui, le théâtre libanais est orphelin, mais il n’est pas mort. Jalal a beaucoup semé, et la moisson est en cours. La nouvelle génération devra être à la hauteur de cet auguste semeur.


2017-12 / NUMÉRO 138