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2020-04 / NUMÉRO 166   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Au fil des jours...
 
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Depuis le début du confinement en France, Wajdi Mouawad, directeur du théâtre national La Colline, nous offre chaque jour un épisode sonore inédit de son journal : « Une parole d'humain confiné à humain confiné ». Ici, Jour  3. À suivre aussi sur colline.fr/spectacles/les-poissons-pilotes-de-la-colline. ... >> lire la suite
 
Le point de vue de...
L’ennemi du genre humain par Nicole Hatem
Questionnaire de Proust à...
Nayla Karamé Majdalani
Poème d’ici
Espoir ! par May Ziadé
Le clin d'œil de Nada Nassar-Chaoul
Corona Myths & Blues
 
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Édito par Alexandre Najjar
Nouveau monde
T
out porte à croire que le siège sera long tant que l’assiégeant est invisible et que le remède pour l’éradiquer n’est pas encore trouvé, ou du moins approuvé. Ce qui, au départ, s’apparentait à un confinement provisoire prend l’allure d’une assignation à résidence prolongée. Saisis par une fièvre obsidionale, les Libanais ont commencé par vider les rayons des supermarchés pour emmagasiner des vivres, comme au temps de la guerre, avant de ronger leur frein, dans l’attente de jours meilleurs, animés par cette patience qu’ils ont déjà expérimentée à maintes reprises dans ce pays irremplaçable mais effrontément instable. Habitués à flirter avec l’imprévu, forts de leur endurance légendaire, ils ont fini par s’adapter, comme toujours. Sauf que cette accoutumance, à la différence de celle qui les a poussés à accepter, de 1975 à nos jours, plusieurs occupations et hégémonies, sans compter la corruption tentaculaire de leurs élus, est aujourd’hui forcée, et donc excusable.

Face à la catastrophe, l’on s’interroge sur ses conséquences désastreuses sur l’éducation, l’emploi, l’économie et les finances. Quel avenir peut encore espérer notre jeunesse qui a subi deux tragédies en six mois : la faillite du système bancaire libanais doublée de la mise en veilleuse d’une révolution pourtant porteuse de belles promesses, et la dissémination aux quatre coins du monde d’un fléau impitoyable ? Où puisera-t-elle les ressources morales nécessaires dans un système mondial qui s’effondre ? Et comment peut-elle ambitionner de réaliser ses rêves dans un environnement saccagé, pollué, où le dédain de la santé publique et de l’écologie au profit du mercantilisme, de l’armement et de l’intelligence artificielle, a conduit à l’impréparation et l’amateurisme auxquels nous assistons aujourd’hui ?

Il n’est pas anodin de constater que ce virus diabolique frappe d’abord les vieux et épargne les jeunes, sans doute à dessein, afin de creuser davantage le fossé générationnel et accroître l’incompréhension qui les sépare. Mais il est une autre interprétation qu’il nous plaît de privilégier : la jeunesse est notre planche de salut. Des monarques, des chefs d’État, des ministres, des députés ont été terrassés par l’épidémie, preuve de leur vulnérabilité et de la fragilité de leur prétendue toute-puissance. Par sa vitalité et parce qu’elle n’a pas les mains sales, la jeunesse qui leur survit représente notre véritable espoir de changement pour peu qu’elle détienne le pouvoir ou qu’elle ait voix au chapitre. Le coronavirus est une calamité qui finira par être vaincue, mais il faudra en tirer des leçons : sur les ruines fumantes de notre civilisation moderne qui a lamentablement échoué, comme la femme dépoitraillée personnifiant la liberté chez Delacroix, notre jeunesse devra se dresser et retrousser ses manches pour construire un monde nouveau qui lui ressemble.



2020-04 / NUMÉRO 166