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2019-12 / NUMÉRO 162   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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2019 - 11
Après la destruction des « forêts paisibles »* et l’affliction qu’elle a provoquée, le soulèvement populaire que connaît le Liban aujourd’hui est une expérience exceptionnelle dans son histoire récente. Les rassemblements ne connaissent ni distinction d’âge, de genre, de zone géographique, de milieu social ou d’appartenance religieuse. Les espaces qui les abritent sont autant de sanctuaires solaires, théâtre de liens sociaux essentiels. Les individus se reconnaissent comme égaux les uns avec les autres. Exister comme un citoyen au regard de soi, exister comme un citoyen au regard de son pays, vivre le présent comme acteur, participer au devenir du Liban comme témoin, être acteur et témoin de sa marche, être conscient de poser une pierre au nouvel édifice, faire partie d’un tout avec les mêmes aspirations et les mêmes convictions, se réapproprier sa citoyenneté dans le plein sens du terme, n’est-ce pas là le fondement d’une identité politique commune et le socle d’un projet collectif qui, à l’image de ce soulèvement, transcendent les particularismes ?

Aïda Kanafani-Zahar

*Expression empruntée à la 4e entrée de l’opéra-ballet de Jean-Philippe Rameau « Les Indes Galantes ».


Difficile de comprendre (ou de justifier) cette réticence chez la presse libanaise de donner au soulèvement d’octobre le nom de révolution. On préfère le mot « révolte » ; un choix plus prudent, moins radical, qui n’a pas de répercussions commerciales ou politiques.

Une révolte suppose un groupe de personnes entreprenant une action hostile contre une autorité établie.

Plus d’un million de Libanais affranchis de leur embrigadement social et communautaire sont pour « un groupe de personnes » ce que la Méditerranée est pour une flaque d’eau.

Que le rassemblement d’un peuple dans ses places publiques pour décider de son avenir – quintessence de l’acte démocratique – constitue « une action hostile » est ce qu’un baasiste dirait.

Considérer le système politique actuel dans toute sa décrépitude comme autorité établie relève de ce même inconscient qu’on refoule, pour que l’autorité publique retrouve sa vraie vocation de servir l’intérêt général.

C’est de la sémantique, certes. Mais lorsqu’une citoyenneté libanaise se forme pour la première fois dans l’histoire du pays et qu’un nouveau pacte social s’écrit par les Libanais et non pour eux, exprimant leur volonté de vivre ensemble plutôt que de coexister, on pourrait quand même faire l’effort de respecter l’initiative, en lui donnant la bonne attribution.

Toufic Safié 



Cette inertie inepte, grouillante en secret de bavardages creux et exhibant à la vue de tous un mutisme assourdissant... cette inertie dont les piliers du pouvoir font preuve, depuis quelques jours, face à l’immense crise où se débat le pays et au soulèvement immense de notre peuple... elle me paraît évoquer l’invitation de la soupirante :
« Ô jeune homme qui accélère sur ton vélo !
Arrête que je te raconte l’histoire de ma vie ! »
Quelle crise une si ridicule proposition soulagera-t-elle ? Et quel jeune homme en marche persuadera-t-elle de s’arrêter ?

Ahmad Beydoun



Durant ces semaines de révolution, les femmes ont été éblouissantes. Ce sont elles qui devraient enfin gouverner ce pays.

Charif Majdalani


 
Ne disait-on pas qu’il fallait le réinventer tous les matins ce Liban qui succombe à la longue « détresse des choses ingouvernées » ? De la rue monte une si belle clameur...

Jabbour Douaihy



 
Pour la plus grande crise de l’histoire du Liban, crise économique et politique plus profonde que les guerres et conflits du passé, la plus inventive des solutions est requise, solution fondée sur le sens des réalités, la loyauté au pays et l’intérêt général. Les manifestants lui ont ouvert une grande artère.

Farès Sassine 


 
Garde-moi une man’ouché, réserve-moi une suite au Ring, fais-moi danser sur Bella Ciao ! Donne-moi la main, enchaîne-moi à ton humanité, drape-moi de la cape frappée du cèdre, fais de moi une héroïne au moins une fois. Hier les forêts ont brûlé, voilà qu’elles refleurissent avant le jour. Qu’il est beau, ce pays né dans la colère et bercé dans l’euphorie !

Fifi Abou Dib


Écoute ma petite, nous nous tenons à l’endroit exact où mon mari a été tué par un franc-tireur. C’est la première fois que je reviens ici depuis 1977. Et je suis prête à mourir pour voir chacun de ces salauds jugé pour ses actes.

Nadine Touma


Ce qu’il faut de misère et de colère pour unir un pays
Les larmes aux yeux et le poing fermé, les Libanais se sont soulevés comme un seul homme avec l’énergie du désespoir, l’énergie de ceux qui n’ont plus rien à perdre, pour exprimer clairement leur refus de ce qui est devenu intolérable.
Boucliers humains, du Nord au Sud, des femmes et des journalistes en première ligne ; le courage d’encaisser les coups sans pour autant renoncer.

Lamia el-Saad


 
Reconquérir les lieux symboliques du pouvoir politique et religieux pour les transformer en places des fêtes.

 Jad Tabet 


Eux s’avancent en troupeau, têtes basses, crocs dehors, moi je me lève avec mon seul prénom. 

Jabbour Douaihy
 
 
© Iéva Saudargaité Douaihi 2019
 
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